Origine et histoire des Autels tauroboliques
Les autels tauroboliques de Die, dans la Drôme, sont des vestiges antiques liés au culte de la déesse Cybèle et de son parèdre Attis. Ces autels commémorent des tauroboles, sacrifices de taureaux, et des crioboles, sacrifices de béliers, pratiqués en l’honneur de ces divinités. Quatre de ces autels sont exposés au musée de Die, tandis que d’autres sont intégrés dans des bâtiments ou détenus par des particuliers. Ces monuments, sculptés dans des blocs de pierre extraits d’une carrière proche de Die, illustrent l’importance de ce culte dans la région, notamment le long de la vallée du Rhône jusqu’à Lyon.
Die, ancienne Dea Augusta Vocontiorum, était la capitale du peuple gaulois des Voconces. Au IIe ou IIIe siècle, elle devint une colonie romaine et un centre majeur du culte de Cybèle, remplaçant progressivement le culte local de la déesse Andarta. Les autels tauroboliques, souvent décorés de symboles comme des têtes de taureaux et de béliers, des cymbales, des tympanons et des caducées, témoignent de cette transition religieuse. Leur iconographie reflète aussi l’association du culte de Cybèle avec celui de Mercure, lié à Andarta.
Parmi les autels conservés, celui de Titus Helvius Marcellinus et Valeria Decumillia (fin IIe-début IIIe siècle) est particulièrement remarquable. Trouvé dans le jardin de la maison Guyon, il porte une inscription dédiée à la santé de l’empereur et mentionne le prêtre Attius, fils d’Attianus. Un autre autel, découvert place de la République, date de 198-209 et fut érigé par la Res Publica Vocontiorum en l’honneur des empereurs Septime Sévère, Caracalla et Geta. Ces monuments, classés depuis 1886, offrent un éclairage précieux sur les pratiques religieuses et l’organisation sociale de la région sous l’Empire romain.
D’autres autels, comme celui de la ferme de Salières (fin IIe siècle) ou celui de Saint-Auban (aujourd’hui dans une collection privée à Ollioules), présentent des décors similaires, avec des têtes d’animaux sacrificiels et des instruments rituels. Un autel daté de 245, aujourd’hui perdu, mentionnait les empereurs Philippe l’Arabe et Otacilie Sévère, ainsi que des prêtres locaux comme Junius Titus et Blattius Paternius. Ces inscriptions révèlent les liens entre le pouvoir impérial, les élites locales et les cultes orientaux dans la Gaule romaine.
La carrière d’où proviennent les blocs de pierre a été identifiée près de Die, confirmant l’origine locale de ces monuments. Leur dispersion actuelle — certains encastrés dans des murs (comme au tribunal de Die), d’autres exposés ou perdus — reflète leur réutilisation au fil des siècles. Ces autels, classés monuments historiques, constituent un patrimoine épigraphique et religieux majeur pour comprendre l’intégration des cultes orientaux dans la société gallo-romaine.