Origine et histoire de l'Avenue des Champs-Élysées
L’avenue des Champs-Élysées trouve son origine dans un projet d’urbanisme royal initié au XVIIe siècle. En 1667, Louis XIV ordonne l’aménagement d’une avenue reliant les Tuileries au domaine de Saint-Germain-en-Laye, confiant sa réalisation à André Le Nôtre, paysagiste de Versailles. Ce « Grand-Cours », bordé d’ormes et de gazon, symbolisait la volonté du roi d’étendre et d’embellir Paris après la Fronde. Le nom « Champs-Élysées », inspiré de la mythologie grecque, fut officiellement adopté en 1709, évoquant un lieu paradisiaque réservé aux âmes vertueuses.
Au XVIIIe siècle, l’avenue s’étend progressivement vers l’ouest, malgré une réputation sulfureuse due à ses guinguettes, prostituées et brigands. Le marquis de Marigny, frère de Madame de Pompadour, supervise son élargissement et son nivellement entre 1768 et 1774, utilisant les déblais pour adoucir la pente vers Neuilly. La Révolution française marque un tournant : l’avenue devient un lieu de rassemblements populaires, comme le retour forcé de la famille royale après la fuite à Varennes en 1791. Sous le Directoire, des cafés élégants et restaurants, comme le Café des Ambassadeurs, transforment les Champs-Élysées en un lieu de promenade prisé par l’aristocratie.
Le XIXe siècle voit une métamorphose majeure sous l’impulsion de Jacques Hittorff et du préfet Rambuteau. Entre 1834 et 1847, Hittorff réaménage les jardins, ajoute des fontaines (dont la fontaine des Quatre Saisons), et installe des réverbères en fonte. L’avenue, désormais bordée d’hôtels particuliers et de lieux de spectacle comme le Cirque d’Été, devient le cœur de la vie mondaine parisienne. L’Exposition universelle de 1855, avec le palais de l’Industrie, et l’arrivée du Second Empire consolident son prestige. Napoléon III et Haussmann en font un symbole de modernité, attirant banques, constructeurs automobiles (Panhard, Peugeot) et grands magasins.
Au XXe siècle, les Champs-Élysées deviennent un théâtre d’événements historiques majeurs. Le 26 août 1944, le général de Gaulle y défile après la Libération de Paris, suivi par des foules en liesses. L’avenue accueille aussi des manifestations politiques (mai 1968) et sportives (victoires de la Coupe du Monde de football en 1998 et 2018). Cependant, son image se complexifie : malgré son statut de « plus belle avenue du monde », elle est critiquée pour son aspect trop touristique et commercial. La rénovation de 1994, menée par Jacques Chirac, modernise ses trottoirs et son mobilier urbain, tout en préservant son cachet historique.
Aujourd’hui, l’avenue des Champs-Élysées reste un symbole de luxe et de culture, avec des enseignes prestigieuses (Louis Vuitton, Cartier) et des lieux emblématiques comme le Lido ou le Fouquet’s. Elle est aussi un espace de mémoire, marqué par des attentats (2017) et des mouvements sociaux (Gilets jaunes en 2019). Son tracé rectiligne, alignant l’Obélisque, l’Arc de Triomphe et la Grande Arche de la Défense, en fait un axe visuel unique, célébré dans l’art, le cinéma (À bout de souffle) et la chanson (Joe Dassin).
Architecturalement, l’avenue mêle héritages des XVIIIe et XIXe siècles (hôtels particuliers, fontaines) et modernité (magasins, cinémas). Ses jardins, divisés en « carrés » comme celui des Ambassadeurs ou du Géorama, abritent des institutions culturelles (Grand Palais, Petit Palais). Malgré les polémiques sur sa fréquentation et son coût immobilier (jusqu’à 16 350 $/m2/an en 2018), elle reste un lieu incontournable, attirant 300 000 visiteurs quotidiens et générant un chiffre d’affaires annuel d’un milliard d’euros.