Origine et histoire
Le mikvé de Strasbourg est un bain rituel juif médiéval, unique témoin architectural in situ de la communauté juive strasbourgeoise du Moyen Âge. Découvert en 1985 lors de travaux de rénovation, il était connu par une tradition orale locale désignant le lieu comme Zum Judenbad (Au bain des Juifs) dès la fin du XVIe siècle. Sa préservation a été permise grâce à une campagne de fouilles archéologiques de six mois, initiée après l’intervention de la Société d’Histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine (SHIAL) auprès du ministre de la Culture Jack Lang. Ces fouilles ont révélé un mikvé public intégré à une synagogue, ainsi qu’un second mikvé privé situé dans une maison voisine, rue des Juifs.
La construction du mikvé remonte probablement aux alentours de l’an 1200, peu après l’arrivée des premiers Juifs à Strasbourg vers 1150, en provenance du Palatinat (Mayence, Spire, Worms). La communauté juive, alors florissante et composée majoritairement de commerçants, a vu sa situation se dégrader au XIVe siècle, marquée par des persécutions et des massacres, notamment lors de la peste noire de 1349. En 1391, Strasbourg a définitivement expulsé ses Juifs, interdisant leur résidence pendant quatre siècles, jusqu’à la Révolution française. Après leur départ, le mikvé a été transformé en puits, dont les vestiges ont également été mis au jour lors des fouilles.
Architecturalement, le mikvé se présente comme une salle carrée en grès gris de 3 mètres de côté, surmontée d’une voûte en berceau de briques rouges. Quatre consoles romanes ornent les angles sous la voûte, et un orifice zénithal circulaire de 0,90 m de diamètre perce le plafond, peut-être utilisé pour collecter l’eau de pluie. Le bassin central, alimenté par la nappe phréatique (aujourd’hui à 8 mètres de profondeur), contenait l’eau de purification rituelle. Un escalier en grès, partiellement réemployé pour le puits ultérieur, menait à la nappe. Deux niches murales servaient à poser des chandelles, et un aménagement en bois au fond du bassin, datable des XIe–XIIe siècles, suggérait un coffrage de soutènement.
Le mikvé a été inscrit aux monuments historiques le 15 novembre 1985, après sa redécouverte. Aujourd’hui, il est accessible sous conditions, avec des visites guidées organisées certains jours par la Direction de la Culture de la Ville de Strasbourg. Le site comprend également une salle de déshabillage adjacente et les restes du puits comblé, témoin des transformations postérieures à l’expulsion des Juifs. Son état de conservation exceptionnel en fait un témoignage rare des pratiques religieuses et de la vie communautaire juive en Alsace médiévale.
La mémoire du mikvé était préservée par une appellation locale, Zum Judenbad, attestée dès la fin du XVIe siècle pour désigner le no 19 de la rue des Juifs. Cette persistance toponymique, malgré la disparition physique du bain, illustre l’ancrage durable de la communauté juive dans le paysage strasbourgeois, bien au-delà de son expulsion. Les fouilles de 1985 ont confirmé l’hypothèse d’un mikvé public, distinct d’un second bain privé situé dans une maison voisine, rue des Juifs, soulignant l’importance des rites de purification dans la vie quotidienne et religieuse des Juifs médiévaux.
Le mikvé de Strasbourg s’inscrit dans un contexte historique marqué par des vagues de persécutions, notamment lors de la peste noire de 1349, où les Juifs furent accusés de propager la maladie. Le massacre qui s’ensuivit, suivi de l’expulsion définitive en 1391, a effacé pendant quatre siècles toute présence juive officielle à Strasbourg. La redécouverte du mikvé en 1985 a ainsi comblé une lacune majeure dans la connaissance du patrimoine juif alsacien, offrant un lien tangible avec une communauté disparue, dont l’héritage avait survécu principalement à travers des sources écrites et des traditions orales.