Origine et histoire
Le banc-reposoir napoléonien de Bouxwiller est un monument typique d’Alsace, construit au XIXe siècle pour offrir un lieu de repos aux paysans et paysannes se rendant aux marchés. Ces bancs, souvent accompagnés de tilleuls, permettaient de déposer les fardeaux (paniers ou hottes) et de se reposer lors des trajets. Leur conception répondait à un besoin pratique tout en servant de symbole commémoratif, lié à des initiatives préfectorales sous l’Empire et le Second Empire.
Ces bancs ont été érigés en deux vagues principales : la première entre 1811 et 1812, à l’initiative du préfet Adrien de Lezay-Marnésia, pour célébrer la naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon Ier. Une circulaire de 1811 enjoignait les communes à installer ces reposoirs tous les 2,5 km, avec des arbres pour l’ombre. Les frais étaient à la charge des municipalités, bien que certaines aient résisté en invoquant des contraintes géographiques. Environ 125 bancs furent construits lors de cette première phase, mais peu ont survécu.
Une seconde vague eut lieu en 1853-1854, sous l’impulsion du préfet Auguste-César West, reprenant une idée similaire pour commémorer le mariage de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie. Cette fois, 448 bancs en grès des Vosges furent érigés, financés par le département. Ces monuments, souvent endommagés par le temps ou négligés après 1870, furent partiellement restaurés dans les années 1980. Celui de Bouxwiller, daté de 1856, a été refait au XXe siècle mais conserve sa vocation originelle.
Le banc-reposoir de Bouxwiller, inscrit aux monuments historiques en 1988, illustre cette double histoire : utilitaire pour les populations rurales alsaciennes, et politique, liée aux régimes napoléoniens. Son inscription tardive reflète une prise de conscience patrimoniale, après des décennies d’abandon ou de transformations mal adaptées aux nouveaux usages.
Sous l’annexion allemande (après 1870), des tentatives d’entretien furent lancées en 1906 et 1910, mais jugées inutiles en raison de l’obsolescence du portage manuel, remplacé par des carrioles. Les bancs, trop bas et inconfortables, cessèrent d’être entretenus. Aujourd’hui, ils témoignent d’un patrimoine rural et mémoriel unique, lié à l’histoire sociale et politique de l’Alsace.