Origine et histoire du Baptistère
Le baptistère de Riez est un édifice paléochrétien implanté sur la commune de Riez, dans les Alpes-de-Haute-Provence. La civitas Julia Augusta Reiorum Apollinaris, fondée par l’empereur Auguste au Ier siècle, fait de Riez la plus ancienne cité du département. À l’avènement du christianisme, l’organisation ecclésiastique calque celle de l’Empire et la civitas devient le siège d’un évêché ; selon Jean-Rémy Palanque, cet évêché est fondé au Ve siècle. Le premier évêque connu avec certitude est Maxime (saint Maxime), abbé de Lérins et évêque entre 433 et 460, dont le nom figure parmi les participants du concile régional de Riez en 439 ; lui succède Fauste, évêque entre 461 et 485. Fauste rapporte que Maxime fut un grand bâtisseur, auteur notamment de l’église Saint-Albin et d’une église dédiée à l’apôtre Pierre où il fut enseveli et vénéré sous le nom de saint Maxime. Les premiers évêques firent édifier, hors de l’enceinte urbaine, un groupe cathédral aux Ve siècle en réutilisant des matériaux des thermes romains ; ce groupe comprenait le baptistère et l’église Notre-Dame de la Sed, reliés par une galerie large de deux mètres. Les fouilles conduites à partir de 1966 par Guy Barruol ont mis au jour, en face du baptistère, les vestiges d’une église paléochrétienne détruite à la fin du XVe siècle. Le baptistère lui-même est daté, sur la base des vestiges et par comparaison avec d’autres monuments, entre les Ve et VIIe siècles ; en l’absence de documents, cette datation repose sur l’archéologie et les analogies. Plusieurs auteurs ont proposé des attributions différentes : Robert de Lasteyrie avance une fourchette très large (IVe–IXe siècle), Camille Enlart place l’édifice au VIe ou VIIe siècle, Jules de Laurière le rapproche du baptistère d’Aquilée, et Émile Mâle note une ressemblance avec le baptistère syrien de l’église Saint-Georges d’Ezra, daté par inscription de 515. Le plan intérieur, octogonal, évoque aussi le baptistère de Fréjus avec son alternance de niches rectangulaires et semicirculaires ; la construction était autrefois entourée d’un portique. Le groupe cathédral ne semble pas avoir été touché lors de l’invasion wisigothe de 480, mais il est pillé par Lombards et Saxons en 572 ; une longue période d’insécurité aux VIIe–VIIIe siècles, puis des incursions sarrasines entre 793 et 875, entraînent l’abandon du site et la fuite des habitants. L’arrivée de l’évêque Édolde marque le transfert de la cathédrale vers la colline Sainte-Maxime ; le baptistère et l’ancienne cathédrale, transformée en église paroissiale, sont réparés, puis, en raison du manque d’entretien, largement reconstruits sous l’épiscopat d’Augier (1096–1130), qui fait notamment refaire les voûtes du baptistère. La guerre menée par Raimond de Turenne à partir de 1389 ravage la région pendant une dizaine d’années ; la ville voit sa superficie réduite et est entourée de remparts par l’évêque Jean de Maillac, tandis qu’un projet de nouvelle cathédrale à l’intérieur du bourg est initié dès 1405. À la fin du XVe siècle, l’évêque Marc Lascaris de Tende abandonne le château épiscopal et la cathédrale de Sainte-Maxime et fait édifier, à partir de 1490, une nouvelle cathédrale dans le bourg en réemployant les pierres de Notre-Dame de la Sed ; le siège épiscopal y est transféré trente ans plus tard. En 1559, le baptistère est transformé en chapelle dédiée à saint Clair et à saint Jean‑Baptiste. Les premières descriptions anciennes sont dues à Simon Bartel (1636) et au père Miraillet (1654) ; des découvertes d’inscriptions et de stèles votives ont conduit autrefois à y voir un monument païen et à le surnommer le « Panthéon ». Une gravure de Baltard montre l’état du baptistère avant la restauration de 1818, intervention demandée par le marquis de Villeneuve qui modifie fortement les parties hautes de l’édifice ; il fait l’objet de restaurations ultérieures en 1906 et en 2014–2015, et des fouilles ont été pratiquées dans les années 1960. Le baptistère abrite aujourd’hui un musée lapidaire fondé en 1929 par Marcel « Provence » et il est classé au titre des monuments historiques depuis 1840, figurant sur la première liste nationale. L’édifice est un bâtiment carré de neuf mètres de côté, élevé en moellons avec des chaînages d’angle en pierre de taille et reposant sur un soubassement d’environ cinq assises ; l’entrée se trouve sur la façade est, les façades nord et sud sont percées d’une fenêtre encadrée de pierre de taille et la façade ouest est aveugle. La toiture actuelle, datée du début du XIXe siècle, associe un toit de tuiles quadrangulaire entourant une coupole octogonale d’échelle réduite par rapport au passé, et un clocher-mur en pierre de taille. À l’intérieur, le plan octogonal inscrit dans un carré rappelle celui de Fréjus : quatre absidioles, dont l’une abrite l’autel, s’encastrent dans la maçonnerie sans saillie extérieure ; la coupole, refaite au XIIe siècle, repose sur huit colonnes antiques en granit surmontées de chapiteaux corinthiens en marbre, disposées en cercle autour de la cuve baptismale dont il ne subsiste que des fragments.