Origine et histoire de la Basilique de Saint-Nicolas-de-Port
La basilique de Saint-Nicolas-de-Port, située dans le département de Meurthe-et-Moselle en région Grand Est, est un édifice gothique flamboyant érigé entre 1481 et 1560. Elle fut commandée par René II, duc de Lorraine, pour célébrer sa victoire contre Charles le Téméraire à la bataille de Nancy en 1477, marquant la préservation de l'indépendance lorraine. Ce monument symbolise aussi la dévotion à saint Nicolas, dont une phalange volée à Bari au XIe siècle par un chevalier lorrain, Aubert de Varangéville, attira les pèlerins dès le Moyen Âge.
Le site devint un lieu de pèlerinage majeur après le miracle attribué à saint Nicolas en 1240 : la libération miraculeuse du chevalier Cunon de Linange, emprisonné pendant la sixième croisade, dont les chaînes, conservées dans un reliquaire, tombèrent lors de sa prière devant l'église. Au XVe siècle, René II choisit Saint-Nicolas-de-Port, alors centre économique du duché, pour y construire une basilique monumentale, financée par les ducs, les marchands et les pèlerins. Les vitraux, les fresques et les donateurs (comme la ville de Strasbourg ou l'évêque de Verdun) témoignent de son rayonnement européen.
La construction, dirigée par l'architecte Michel et le maître-verrier Valentin Bousch, s'étala sur 60 ans avec une homogénéité stylistique rare. L'édifice, inauguré en 1544, subit un incendie en 1635 pendant la guerre de Trente Ans, détruisant toiture et vitraux, mais révélant des peintures murales médiévales sous un badigeon. Légendes locales, comme celle du pilier « qui pleure » avant les guerres, enrichirent son mystère. Restaurée au XVIIe siècle puis après 1940 grâce à un legs américain, la basilique fut classée monument historique dès 1840.
Son trésor, constitué de dons royaux et ducaux (comme la nef d'argent de Louis IX ou le bras reliquaire de René II), fut partiellement fondu pendant les guerres et la Révolution. Au XIXe siècle, des pièces furent sauvées par des paroissiens, dont un buste reliquaire du XVIIe siècle et une monstrance du XVIIIe. L'orgue actuel, reconstruit en 1994 avec 3 673 tuyaux, et les 18 cloches (dont un bourdon de 5 tonnes) soulignent son rôle musical et liturgique.
L'architecture combine influences champenoises (passage à la base des fenêtres) et lorraine (absence de déambulatoire). Ses particularités incluent une colonne torsadée masquant un défaut de verticalité, un axe dévié de 6 degrés pour s'adapter au terrain, et six loges commerciales sous les chapelles nord. La basilique, consacrée mineure en 1950, reste un symbole identitaire lorrain, lié à des figures comme Jean de Joinville ou la bienheureuse Barbe Acarie, qui y eut une vision de sainte Thérèse d'Avila en 1602.