Frise chronologique
1870
Vœu national d'Alexandre Legentil
Vœu national d'Alexandre Legentil
1870 (≈ 1870)
Promesse de construire une basilique après la défaite française.
24 juillet 1873
Loi d'utilité publique
Loi d'utilité publique
24 juillet 1873 (≈ 1873)
Vote par l'Assemblée nationale (382 voix pour).
16 juin 1875
Pose de la première pierre
Pose de la première pierre
16 juin 1875 (≈ 1875)
Par le cardinal Guibert, près du moulin de la Galette.
1881–1899
Construction de la basilique
Construction de la basilique
1881–1899 (≈ 1890)
Nef et coupoles achevées sous plusieurs architectes.
1908
Propriété de la ville de Paris
Propriété de la ville de Paris
1908 (≈ 1908)
Loi mettant fin au séquestre anticlérical.
16 octobre 1919
Consécration de la basilique
Consécration de la basilique
16 octobre 1919 (≈ 1919)
Célébrée par le cardinal Vico après la Première Guerre.
1923
Achèvement officiel
Achèvement officiel
1923 (≈ 1923)
Décoration intérieure et mosaïques terminées.
2022
Classement monument historique
Classement monument historique
2022 (≈ 2022)
Protection intégrale de la basilique et du square.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
La basilique du Sacré-Cœur en totalité, comprenant sa crypte et sa sous-crypte, le pont-galerie nord qui la relie aux annexes en totalité, les façades et toitures des deux bâtiments annexes et de la galerie sud, la salle servant de sacristie et son hall d'accès dans le premier bâtiment d'annexe, avec leur parcelle d'implantation, y compris les grilles qui la délimitent, ainsi que le square Louise-Michel comprenant ses parties construites, ses aménagements paysagers et les grilles qui le délimitent, ainsi que le talus et les trois escaliers situés entre le parvis et la rue du Cardinal-Dubois (ces deux derniers éléments étant exclus), le tout situé 35 rue du Chevalier-de-La-Barre, sur la parcelle n° 23, figurant au cadastre section BN, sur la parcelle n° 2, figurant au cadastre section BP, et sur le domaine public communal non cadastré pour ce qui concerne les trois escaliers et le talus entre la basilique et le square, tel que figuré sur le plan annexé à l'arrêté : classement par arrêté du 13 décembre 2022
Personnages clés
| Alexandre Legentil - Initiateur du vœu national |
Philanthrope à l'origine du projet en 1870. |
| Hubert Rohault de Fleury - Promoteur et organisateur |
Beau-frère de Legentil, gestionnaire de la souscription. |
| Paul Abadie - Architecte lauréat |
Concepteur du style romano-byzantin (décédé en 1884). |
| Cardinal Joseph Hippolyte Guibert - Archevêque de Paris |
Pose la première pierre en 1875. |
| Luc-Olivier Merson - Auteur de la mosaïque du chœur |
Réalisée entre 1918 et 1922 (473 m²). |
| Émile Zola - Critique du monument |
Symbole d'obscurantisme pour les anticléricaux. |
| Louise Michel - Figure de la Commune |
Square porte son nom depuis 2004. |
Origine et histoire
La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, dite du Vœu national, est un monument religieux et politique majeur de Paris. Située au sommet de la butte Montmartre dans le 18e arrondissement, elle fut érigée entre 1875 et 1923, après la défaite française de 1870 et la Commune de Paris. Son origine remonte à un vœu formulé par Alexandre Legentil en 1870, promettant la construction d’un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus pour expier les « fautes nationales » et obtenir la miséricorde divine. Ce projet, soutenu par l’archevêque de Paris et des notables catholiques, fut déclaré d’utilité publique en 1873 par une Assemblée nationale à majorité monarchiste, malgré l’opposition des républicains.
Le choix de Montmartre, lieu historique du martyre de saint Denis et berceau de la Commune, revêt une dimension symbolique forte. La basilique, conçue par l’architecte Paul Abadie dans un style romano-byzantin, fut financée par une souscription nationale rassemblant près de dix millions de donateurs. Sa construction, marquée par des défis techniques (83 puits de fondation pour stabiliser le sol gypseux), s’étala sur près de 50 ans. Les travaux débutèrent en 1875 avec la pose de la première pierre par le cardinal Guibert, mais l’édifice ne fut consacré qu’en 1919, après la Première Guerre mondiale. La basilique devint propriété de la ville de Paris en 1908, évitant ainsi sa désaffectation sous la Troisième République anticléricale.
L’architecture du Sacré-Cœur, inspirée de modèles comme Sainte-Sophie de Constantinople ou Saint-Marc de Venise, se distingue par son dôme central de 83 mètres (point culminant de Paris avant la tour Eiffel) et ses quatre coupoles. La pierre blanche de Château-Landon, choisie pour sa résistance et son auto-nettoyage, lui confère une luminosité caractéristique. L’intérieur, richement décoré de mosaïques (dont celle du chœur, la plus grande de France), de vitraux et de sculptures, reflète une iconographie nationaliste et religieuse. La crypte, de même taille que l’église haute, abrite des chapelles et les tombes des cardinaux Guibert et Richard.
Le Sacré-Cœur fut dès l’origine un lieu de pèlerinage et d’adoration eucharistique, avec une prière perpétuelle instaurée en 1885. Son histoire est aussi marquée par des controverses : perçue comme un symbole de l’« ordre moral » et de la répression de la Commune, elle fut critiquée par des artistes (Zola, Steinlen) et des politiques de gauche. En 1905, une statue du chevalier de La Barre, symbole anticlérical, fut érigée face à son parvis, avant d’être déplacée. Classée monument historique en 2022, la basilique reste un lieu de culte actif, géré depuis 1995 par les bénédictines du Sacré-Cœur, et attire près de onze millions de visiteurs annuels.
Les annexes, construites au XXe siècle (sacristie, dortoirs pour pèlerins), complètent l’ensemble architectural. Le square Louise-Michel, aménagé dans les années 1920 par Jean-Camille Formigé, offre une perspective monumentale vers la basilique, accessible par des escaliers ou le funiculaire. Les grandes orgues, dernier chef-d’œuvre de Cavaillé-Coll (1898), et la cloche La Savoyarde (18 835 kg, offerte par les diocèses de Savoie) témoignent de son patrimoine artistique exceptionnel. Aujourd’hui, le Sacré-Cœur incarne à la fois un héritage religieux, une prouesse architecturale et un enjeu mémoriel, entre dévotion et débats historiques.
La basilique est aussi un symbole culturel, apparaissant dans des œuvres musicales (clips de The Fortunes ou Gab) et restant un point de repère parisien. Son classement tardif (2022) a relancé les polémiques sur son lien avec la Commune, mais son rôle de sanctuaire d’adoration perpétuelle et de lieu de recueillement perdure, malgré les transformations sociétales. Les bénédictines y animent une vie spirituelle active, perpétuant le vœu initial de prière pour la France et l’Église.