Origine et histoire de la Basilique romaine (ruines) avec sa mosaïque
La mosaïque de Grand, datée de l’époque de l’empereur Caracalla (IIIe siècle), couvre 232 m2 et constitue la plus vaste de l’espace lorrain antique. Découverte en 1883 par Félix Voulot, conservateur du musée départemental des Vosges, elle fut dégagée sous deux mètres de terre dans le village de Grand (Vosges). Son emblema central, partiellement conservé, évoquerait une scène du Phasme de Ménandre. La mosaïque et la basilique civile qui l’abrite furent classées monuments historiques dès 1884, avant d’être acquises par le Conseil général des Vosges en 1956.
La mosaïque, exécutée in situ avec des tesselles locales (calcaires des Vosges, rouge des Ardennes), révèle une technique raffinée : mortier de chaux pure, terrazzo à base de tuile pilée, et motifs géométriques ou animalier (tigre, panthère, ours, sanglier). L’emblema, réalisé par un maître-artisan, contraste avec le décor répétitif confié à des ouvriers. Des analyses scientifiques (2004) ont confirmé l’origine locale des matériaux et une pose progressive du mortier, permettant des corrections. Le bâtiment actuel, construit en 1883-1884 pour protéger la mosaïque, respecte les substructions antiques.
Le site comprend aussi une basilique civile édifiée à la fin du Ier siècle, remaniée au IIIe siècle pour intégrer la mosaïque. Les fouilles ont révélé des murs romains délimitant une salle rectangulaire (14×14 m) avec une abside, ornés de marbres (Grèce, Afrique du Nord), de stucs peints et de marqueteries. Deux bandeaux séparent l’espace rectangulaire de l’abside, dont l’un arbore des rinceaux blancs sur fond noir. La conservation a posé des défis : protection contre l’humidité (signalée dès 1912), restauration en 1959 avec un support en ciment, et comblement des lacunes.
L’iconographie de la mosaïque, notamment les animaux aux angles, évoque les venationes (combats d’animaux) des amphithéâtres, comme celui de Grand. La scène centrale, interprétée comme une œuvre de Ménandre, montre deux personnages masqués, dont l’un porte un bâton recourbé. Ce décor, unique en Gaule belgique, témoigne d’influences méditerranéennes (motifs italiens, marbres importés) et d’un artisanat local de haute qualité. Le site, propriété départementale, reste un exemple rare de mosaïque in situ avec son contexte architectural préservé.