Origine et histoire
La basilique Notre-Dame de Marienthal de Haguenau, située dans le Bas-Rhin en Alsace, est le plus ancien sanctuaire marial de la région. Son origine remonte à 1240, lorsque Albert de Haguenau, un noble local, se retire près de la rivière de Marienthal pour fonder une communauté d'ermites. Ces ermites adoptent la règle de l'ordre de Saint-Guillaume, devenant ainsi des « guillemites ». En 1256, une première église est construite par Bourcard de Wangen et son épouse Ida de Fénétrange, sur des terres cédées par la famille d'Albert. Une chapelle est érigée en 1257 en l'honneur d'une statue de la Vierge Marie, donnant naissance au nom Marienthal (« val de Marie »). Le pèlerinage prend de l'ampleur au XIVe siècle, et en 1402, le pape Boniface IX accorde des indulgences aux pèlerins.
Au XVIe siècle, le sanctuaire est ravagé par la guerre des Paysans (1525) et la Réforme protestante, entraînant la disparition de l'ordre des guillemites en 1543. Les jésuites prennent en charge le lieu en 1617, relançant le pèlerinage malgré les destructions de la guerre de Trente Ans (1618–1648). En 1650, l'église est restaurée, et le pèlerinage attire jusqu'à 3 000 fidèles par an. Marie Leszczynska, future reine de France, se rend à Marienthal en 1725 pour bénir son union avec Louis XV. Devenue reine, elle offre des couronnes en or et des dons somptueux au sanctuaire en 1727, renforçant sa notoriété. Les jésuites, qui gèrent le lieu jusqu'en 1765, rénovent l'intérieur en 1728 et élèvent un maître-autel en 1741.
La Révolution française (1789–1799) marque une période trouble : les biens de l'Église sont confisqués, et les statues de la Vierge sont mises à l'abri en Allemagne pour échapper à la destruction. Malgré l'interdiction du pèlerinage en 1799, il reprend en 1803 après le Concordat. Au XIXe siècle, la basilique est agrandie (1863–1866) sous la direction de l'architecte Charles Morin, et les statues de la Vierge sont solennellement couronnées en 1859 et 1871. Le pape Léon XIII érige l'église en basilique mineure en 1892. Au XXe siècle, Marienthal devient un symbole de paix européenne, accueillant des pèlerins de France, d'Allemagne et de Suisse. Les vitraux, détruits en 1944, sont remplacés entre 1952 et 1958 par des œuvres de Jacques Le Chevallier.
Le sanctuaire abrite deux statues emblématiques : la Vierge à l'Enfant (1425), dite Notre-Dame-de-la-Joie, et la Vierge de Pitié (fin XVe siècle), toutes deux restaurées et vêtues selon une tradition séculaire. Les fresques et peintures, comme celles de Martin Feuerstein (1889–1890), illustrent des scènes mariales et l'histoire du lieu. L'orgue, plusieurs fois rénové (notamment en 1962 et 2015), et la chorale Sainte-Cécile, fondée en 1878, animent les offices. Les ex-voto, tableaux et plaques en marbre, témoignent des grâces obtenues par les pèlerins, notamment lors des conflits du XIXe et XXe siècles.
Marienthal est aussi lié à des figures spirituelles comme Joseph Engling, séminariste allemand mort en 1918, dont la mémoire est honorée par le mouvement de Schoenstatt. En 1992, le pape Jean-Paul II souligne le rôle du sanctuaire comme centre d'expérience spirituelle au carrefour de l'Europe. Aujourd'hui, la basilique continue d'attirer des fidèles pour ses fêtes mariales (Assomption, Nativité de Marie) et ses indulgences, une tradition remontant à 1402. Des rénovations récentes (2019–2021) ont restauré les plafonds du chœur et des chapelles, révélant des décors originaux du XIXe siècle.
Le prieuré adjacent, autrefois géré par les sœurs du Très Saint Sauveur puis par des bénédictines jusqu'en 2024, accueille prêtres âgés et pèlerins. Le site, accessible par train (gare de Marienthal) ou route (D44 depuis Haguenau), reste un haut-lieu de dévotion mariale et de réconciliation européenne, marqué par son histoire mouvementée et sa richesse artistique.