Origine et histoire de la Basilique Notre-Dame de Montligeon
La basilique Notre-Dame de Montligeon, située à La Chapelle-Montligeon dans le Perche (Orne), est un lieu de pèlerinage dédié à « Notre‑Dame Libératrice des âmes du Purgatoire » et le centre d’un sanctuaire voué à la prière pour les défunts. L’initiative de création du site revient à l’abbé Paul Buguet, curé de la paroisse, qui fonda en 1884 l’Œuvre Expiatoire pour la délivrance des âmes du Purgatoire et reçut pour cette action l’encouragement du pape Léon XIII. Constatant l’insuffisance de l’ancienne église, il entreprit de faire édifier un nouvel édifice à ses frais et confia les plans à l’architecte diocésain Alfred Tessier ; après le décès de celui‑ci, son fils Alfred‑Marie‑Léopold Tessier assura le suivi et l’achèvement du chantier. Les travaux de fondation commencèrent en 1894, les premières pierres furent posées en 1896 ; la couverture de la nef, des bas‑côtés, du chœur et du transept fut réalisée en 1903, l’ornementation des ouvertures continua en 1904‑1905, les deux tours‑clochers furent élevées entre 1907 et 1909 et l’escalier monumental d’accès fut construit en 1913. Les vitraux furent en partie posés avant la Première Guerre mondiale, les travaux reprirent en 1919 sous la direction de Monseigneur Roseau, le pavement mosaïqué fut exécuté par les ateliers Simons du Cateau et l’édifice fut consacré le 28 août 1928, le lendemain duquel il reçut le titre de basilique mineure.
De style néo‑gothique, l’édifice se développe en croix latine ; il comprend une nef à six travées flanquée de deux bas‑côtés avec chapelles latérales, un transept saillant et un chœur pourvu d’un déambulatoire et de chapelles rayonnantes. Deux flèches relativement étroites de 60 mètres encadrent la façade, tandis qu’un projet d’élévation d’une tour‑lanterne à la croisée du transept n’a pas été réalisé pour raisons financières. L’église, implantée sur une terrasse et précédée d’un parvis accessible par un grand escalier, présente des voûtes sur croisées d’ogives soutenues par six piliers et vingt colonnes d’inspiration xiii e siècle ; les clefs de voûte culminent à 23 mètres. Les matériaux proviennent de diverses régions — sables, calcaires et granits — acheminés par chemin de fer puis par attelages locaux.
Le tympan de la façade est orné d’un double bas‑relief : dans la partie inférieure, la descente aux enfers avec l’accueil des saints de l’Ancien Testament, au‑dessus l’Ascension et, au sommet, la Vierge couronnée par Dieu et le Christ. L’intérieur réunit de nombreuses œuvres d’art : les vastes ensembles de vitraux, mosaïques, statues et boiseries contribuent à la vocation pédagogique et liturgique du lieu. Les premiers vitraux, posés selon la technique de la grisaille par les ateliers Champigneulle et Muraire, illustrent la vie du Christ et de la Vierge ; dès l’après‑guerre, le maître‑verrier Louis Barillet, en collaboration avec Lechevallier et Hausen, a conçu de 1917 à 1947 une importante campagne de verrières dont le style évolue de l’Art déco vers des apports cubistes et fauves et qui n’aborde que le thème de l’eschatologie et de la communion des saints. Parmi les grandes verrières figurent une composition bleue de 1926 consacrée au mystère de la Rédemption (70 m²) évoquant le péché originel et la messe, une verrière rouge de 1927 représentant le Jugement dernier, et une grande rosace posée en 1947 consacrée à l’Incarnation et à l’arbre de Jessé, entourée de figures bibliques, d’anges et de symboles mariaux.
Le maître‑autel, taillé dans le marbre blanc de Carrare et réalisé dans les ateliers de François Biron, fut installé au début de 1919 ; il comporte statuettes de saints, anges et bas‑reliefs évangéliques, et un autel contemporain de Jean Hesse a été placé à la croisée des transepts en 1971. La statue monumentale de Notre‑Dame Libératrice, œuvre du sculpteur romain Giulio Tadolini, fut installée en 1919 : haute de 3,7 mètres et pesant treize tonnes, elle représente la Vierge à l’Enfant et deux figures féminines symbolisant les étapes de l’âme après la mort ; la Vierge et l’Enfant furent solennellement couronnés en 1935, les diadèmes ayant été confectionnés à partir des offrandes des pèlerins. Le sol de la basilique est entièrement recouvert sur environ 1 400 m² de mosaïques géométriques réalisées par la maison Simons, et des mosaïques de transept représentent le Sacré‑Cœur et saint Joseph.
L’orgue provient des ateliers Gutschenritter et se trouve aujourd’hui en tribune, son buffet ayant été réalisé par le menuisier Rual ; les sept cloches, fondues par la fonderie Cornille‑Havard, totalisent 5,6 tonnes, la plus grosse se nomme « Marie‑Libératrice » et pèse 1 692 kg, la plus petite 208 kg, et un glas spécifique retentit régulièrement après l’Angelus du soir. L’obituaire monumental, conçu par le menuisier Simon Mousset et installé en 2008, contient les registres de la Fraternité Notre‑Dame de Montligeon depuis 1884 et rappelle la vocation expiatoire du sanctuaire, pour lequel une messe est célébrée chaque jour.
Le domaine de la basilique comprend plusieurs bâtiments destinés à l’accueil, à l’hébergement, à l’administration, à la restauration et aux activités du sanctuaire ; l’animation liturgique est confiée aux Sœurs de la Nouvelle Alliance. Les bâtiments principaux offrent des capacités d’accueil réparties sur plusieurs maisons et hôtels du sanctuaire, comprennent au total quatorze salles de réunion équipées et des ateliers issus de l’ancienne imprimerie reconvertie en espaces artisanaux, et les hébergements complémentaires prennent la forme de maisons portant le nom de saints. Le parc qui entoure la basilique propose des parcours de méditation, dont un « Chemin de lumière » jalonné par six sculptures en pierre blanche rappelant les apparitions du Christ après la Passion : la Résurrection, la présence de Pierre et Jean au tombeau, l’apparition à Marie‑Madeleine, les disciples d’Emmaüs, l’apparition au cénacle et l’apparition au bord du lac.
La basilique est inscrite à l’inventaire des Monuments historiques et une importante campagne de restauration a été engagée à partir de 2016 avec un budget estimatif et un calendrier étalé selon les financements disponibles. Le sanctuaire accueille tout au long de l’année des pèlerinages et, selon le décret Donum Dei de la Sacrée Congrégation des Rites, il est possible d’y gagner une indulgence plénière à certaines célébrations solennelles ; la direction pastorale s’est succédé depuis Mgr Paul Buguet jusqu’à Don Paul Denizot qui en assure actuellement la charge.