Origine et histoire de la Basilique Notre-Dame-de-Paradis
La basilique Notre-Dame-de-Paradis de Hennebont, située dans le Morbihan, est un joyau de l’architecture gothique flamboyant breton. Initiée en 1514 par François Michart, maréchal-ferrant et fabricien, sa première pierre est posée cette même année. L’édifice, encore inachevé, est consacré en 1524 par Mgr Geoffroy Le Borgne, suppléant de l’évêque de Vannes. La chapelle devient église paroissiale en 1590, remplaçant l’ancienne église Saint-Gilles. Son chantier, marqué par des interruptions, s’étale sur plusieurs décennies, avec une flèche terminée vers 1570.
L’église se distingue par son porche monumental, haut de 65 mètres, et son chevet à trois pans, inspirés des innovations architecturales de la chapelle Notre-Dame de Quelven. Bien que prévue pour être voûtée en pierre, elle reçoit finalement une charpente lambrissée en 1591-1592, puis des fausses voûtes en plâtre au XIXe siècle. Classée Monument Historique dès 1862, elle est élevée au rang de basilique mineure par le pape Pie X en 1913. Miraculeusement épargnée lors des bombardements de 1944, elle conserve un mobilier remarquable, dont un orgue du XVIIe siècle.
Le mobilier inclut cinq cloches fondues à la fin du XIXe siècle, dont la plus lourde, Clotilde (1 539 kg), parrainée par l’évêque de Vannes. L’orgue, construit en 1642 par le frère Nicolas de Sainte-Cécile, est l’un des plus anciens de Bretagne. Son buffet, œuvre de Jacques Boyvaux-du-Mesnil, et sa partie instrumentale sont classés Monuments Historiques en 1980-1981. Les vitraux des XIXe et XXe siècles, ainsi que les restaurations successives (notamment au XIXe siècle sous la direction de l’architecte Halouis), ont modifié certains aspects originels, comme les garde-corps ou les réseaux des baies.
L’édifice illustre les tensions entre la communauté d’Hennebont et l’abbaye de la Joie-Notre-Dame, sur le territoire de laquelle il est bâti. Située à l’extrémité de la « ville neuve », à 500 mètres des remparts, la basilique symbolise aussi le dynamisme urbain et religieux de la région. Son architecture, mêlant hardiesse structurelle et richesse ornementeuse, en fait un témoignage majeur de l’art gothique breton du début du XVIe siècle.
Les élévations extérieures, strictement symétriques, sont rythmées par des contreforts surmontés de pinacles, tandis que les portails nord et sud reprennent le modèle à tympan évidé de la cathédrale de Vannes. Le chevet, avec ses gâbles en retrait et ses fenestrages à deux niveaux, crée un effet pyramidal illusionniste. À l’intérieur, la nef « obscure », aux proportions écrasées, contraste avec un chœur élancé et lumineux, soulignant une volonté de mise en scène du sanctuaire.
Les sources historiques mentionnent des quêtes pour achever la chapelle jusqu’en 1554, et son rôle central dans la vie religieuse locale après 1590. Les restaurations des XIXe et XXe siècles, bien que parfois critiquables (comme les garde-corps de 1925), ont permis sa préservation. Aujourd’hui, la basilique reste un lieu de culte actif et un patrimoine protégé, entouré d’un square classé depuis 1939.