Origine et histoire de la Basilique Notre-Dame-du-Port
La basilique Notre‑Dame‑du‑Port, située à Clermont‑Ferrand dans le Puy‑de‑Dôme entre la place Delille et la cathédrale, est un édifice roman de l'Auvergne qui fut longtemps une église collégiale desservie par une communauté de chanoines sécularisés avant le XIIIe siècle; elle a été élevée au rang de basilique mineure en 1881, classée monument historique en 1840 et inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 1998. Sa dénomination vient du quartier du Port (occitan Lo Pòrt, du latin portus), lieu d'entrepôt et d'échanges d'où dérivent aussi les formes occitanes Nòstra‑Dama dóu‑Pòrt et Nòstra Dòna del Pòrt; l'église a d'abord porté le nom de « Sainte‑Marie Principale » pour la distinguer de la cathédrale et de l'abbaye de Saint‑Alyre. Selon la tradition une première église aurait été fondée sur une source gallo‑romaine par l'évêque saint Avit au VIe siècle, incendiée par les Normands au IXe siècle et relevée par saint Sigon, légende que l'historien Emmanuel Grélois estime construite par les chanoines pour légitimer leur établissement; il reste cependant certain qu'un édifice antérieur existait puisque le chapitre apparaît dans les sources au milieu du Xe siècle. L'église actuelle a été édifiée entre les années 1120–1130 et la fin du XIIe siècle, avec des aménagements intérieurs et des vitraux possiblement achevés au début du XIIIe siècle, et construite en arkose blonde extraite des carrières de Montpeyroux. L'édifice fut gravement endommagé par de forts séismes en 1478 puis en 1490, provoquant la chute du pinacle de la tour du transept qui fut remplacé par un clocheton à bulbe. À l'époque moderne la dévotion mariale se développa avec une procession à la Vierge dès le XVIIe siècle, l'influence des chanoines augmenta, les cryptes furent réaménagées en 1654 avec l'ouverture de baies, un orgue fut installé en 1740 à l'entrée de la nef et l'accès aux cryptes fut de nouveau adapté en 1781 pour améliorer la circulation des fidèles. Pendant la Révolution l'édifice perdit la plupart de son mobilier, reliquaires et châsses furent retirés, les cloches fondues et les deux clochers ainsi que la flèche de la croisée furent abattus; une décision de raser l'église en l'an VIII pour y installer un marché fut finalement annulée après une pétition des habitants. Rendue au culte par le Concordat de 1802, la basilique fit l'objet de plusieurs campagnes de restauration: la première, menée par l'ingénieur Ratoin entre 1823 et 1827, reconstruisit le clocher occidental en pierre de Volvic au style néo‑roman. La seconde, dirigée par Aymon Mallay en 1843, porta sur la reconstruction de la tour de croisée, le rétablissement des escaliers d'accès à la crypte depuis la nef, la restauration des chapelles orientées des bras du transept et le remplacement des tuiles romaines par des dalles de Volvic; en 1863 Mallay supprima le mur de clôture pour le remplacer par des grilles en fer forgé permettant une vue dégagée sur le chevet et un accès de plain‑pied. La troisième campagne conduite par Gabriel Ruprich‑Robert, de 1900 à 1917, mit l'accent sur l'intérieur en supprimant les badigeons pour mettre la pierre à nu et en remplaçant certains joints à la chaux par du ciment. Les restaurations récentes ont commencé par l'extérieur (novembre 2003‑novembre 2006) avec un nettoyage ou un remplacement à l'identique des pierres, le retrait des joints en ciment au profit de joints à la chaux et le rétablissement des tuiles canal en lieu et place des dalles de pierre de Volvic. La campagne intérieure (octobre 2006‑novembre 2008) a comporté le nettoyage des pierres, la suppression des joints de ciment, le rétablissement d'un badigeon sur les parements, la restauration des chapelles et absidioles peintes par Anatole Dauvergne et la remise en état du mobilier; la réinstallation de la statue de la Vierge noire dans la chapelle souterraine le 7 décembre 2008 marqua la réouverture au culte. Des travaux prévus en 2018‑2019 concernent la crypte et la sacristie avec la réinstallation après assainissement des ex‑voto du XIXe siècle, tandis que l'aménagement des abords, la restauration des bâtiments au sud, du parvis et des rues adjacentes est programmé pour 2018‑2020.
La dévotion mariale est ancienne: la première trace d'une Vierge en majesté à Clermont, dite d'Alleaume et peut‑être commandée par Étienne II, pourrait avoir été destinée à Sainte‑Marie‑Principale; la légende rattache la statue de Notre‑Dame‑du‑Port à saint Avit mais aucune preuve ne permet de l'affirmer. D'autres vestiges d'anciennes Vierges, notamment deux têtes retrouvées lors de restaurations au XXe siècle, subsistent; Louis XI se déclara dévot de la Vierge noire que conserve l'église en 1468. La statue visible aujourd'hui dans la crypte est une copie de 1734 signée Pacquin, haute de 31 centimètres, en noyer peint couleur ébène et inspirée des Vierges de tendresse byzantines. La procession en l'honneur de la Vierge, née en 1614, fut institutionnalisée dès 1615, proclamée fête particulière par l'évêque le 15 mai et reçut en 1618 une indulgence plénière accordée par la papauté pour une durée de trois ans; l'affluence des pèlerins entraîna plusieurs aménagements et travaux d'embellissement au XVIIIe siècle afin de protéger la statue et d'améliorer la circulation.
Le chapitre du Port, fondé au milieu du Xe siècle par l'évêque Étienne II et cité en 959, fut doté de terres et de bâtiments dont le cloître au nord de l'église; il comprenait quatorze chanoines sous la direction d'un doyen et d'un chantre et fut le second chapitre de la cité par ses revenus et son influence. L'architecture intérieure témoigne d'une grande homogénéité de maçonnerie attribuée à un chantier cohérent du XIIe siècle: la basilique, construite en arkose blonde et organisée selon une géométrie proche du nombre d'or, présente un plan en croix latine de type basilical, une nef de six travées flanquée de bas‑côtés voûtés d'arêtes, un transept régulier avec chapelles semi‑circulaires, un chœur surélevé entouré d'un déambulatoire ouvrant sur quatre chapelles rayonnantes et un chevet orné de fines mosaïques. La croisée est allégée par des demi‑coupoles d'épaulement qui favorisent l'éclairage et le massif barlong qui la surmonte, couronné par le clocher et encadré par deux toits en appentis, constitue l'élément spécifique qui rythme l'élévation du chevet. La basilique mesure 49 mètres en longueur extérieure (45 m en œuvre), la nef centrale fait 6,14 m de large (13,3 m pour l'ensemble des trois nefs), la hauteur de la nef est de 18 m, celle de la coupole du transept de 22 m et la crypte atteint 4,35 m.
Le programme sculpté invite à une lecture liturgique de l'édifice: chapiteaux et modillons, intérieurs et extérieurs, alternent motifs végétaux et scènes narratives pour enseigner la foi, depuis le cycle marial et le cycle du salut jusqu'aux psychomachies opposant vertus et vices. Le portail sud, exceptionnel en Auvergne par son tympan historié, était la porte d'entrée des chanoines; des statues de prophètes (Isaïe et Jean‑Baptiste) probablement issues de l'édifice antérieur datent du XIe siècle, le linteau illustre des scènes de l'enfance du Christ (adoration des mages, présentation au Temple, baptême) et le registre supérieur montre un Christ pantocrator entouré de séraphins dont les pieds reposent sur un lion et un taureau symbolisant Marc et Luc. Aucun vitrail médiéval n'a subsisté: les premières verrières modernes datent de 1834 (manufacture de Sèvres), Étienne Thevenot réalisa les vitraux du déambulatoire et des chapelles rayonnantes en 1842–1844, Félix Gaudin exécuta la plupart des vitraux de la nef en 1886–1887, Lucien Lachaise ajouta un panneau en 1899 et Jean Mauret posa en 1984 un vitrail contemporain représentant un Arbre de vie au‑dessus de l'orgue, en regard de l'Arbre de Jessé dans l'axe du chœur.
Parmi les œuvres remarquables figurent deux Annonciations de Philippe de Champaigne (1643) et de Jean II Restout (1740–1750), plusieurs autres toiles de Restout et de son atelier, ainsi que des statues dont la Vierge noire, une Vierge allaitante en calcaire parisien de la fin du XIVe siècle, une piéta polychrome sur bois de tilleul des XVIIe‑XVIIIe siècles et un Sacré‑Cœur du XIXe siècle signé Bonnassieux. La basilique fait partie de la vie paroissiale de Clermont: elle appartient à la paroisse Notre‑Dame de Clermont, le père Paul Destable en est le curé depuis septembre 2011, la procession de la Vierge a toujours lieu les dimanches qui suivent le 15 mai et l'édifice a également inspiré la culture, apparaissant dans le film Ma nuit chez Maud et dans un poème de Benoît Vidal.