Origine et histoire de la Basilique Saint-Maurice
La basilique Saint-Maurice d'Épinal est une basilique mineure catholique située à Épinal, dans les Vosges ; l'édifice, dans son état actuel, a été bâti entre les XIe et XIIIe siècles et dépend du diocèse de Saint-Dié. Le site occuperait l'emplacement de la première église de la ville, fondée au Xe siècle par l'évêque Gérard de Toul à la demande de Thierry Ier de Metz ; la paroisse initiale fut formée de cinq manses prélevées sur la paroisse de Dogneville : Spinal, Grennevo, Avrinsart, Villers et Rualménil. Thierry Ier, à l'origine de la fondation monastique, apporta des reliques de saint Goëry, événement entouré d'un miracle rapporté par Widric ; l'église accueillait alors à la fois la population et des moines bénédictins. Le cloître se trouvait au sud de la nef et le premier cimetière spinalien était situé au sud du chœur, sur l'actuelle place de l'Âtre, comme le rappelle un crucifix apposé sur le mur du bras sud du transept. Trouvant le monastère déserté, l'évêque Adalbéron II y installa ensuite des moniales bénédictines placées sous le patronage de saint Goëry. Une nouvelle église romane fut reconstruite au milieu du XIe siècle et consacrée par le pape Léon IX ; les murs de la nef datent de cette époque, tandis que des bas-côtés ont été ajoutés au XIIIe siècle et que les ouvertures originelles subsistent sur le mur sud. Au XIIIe siècle, les moniales furent remplacées par un chapitre de chanoinesses qui perdura jusqu'à la fin du XVIIIe siècle ; la collégiale, de nouveau consacrée à saint Maurice, servit aussi d'église paroissiale, un autel ayant été installé à l'extrémité est de la nef. Des travaux s'échelonnèrent du XIIIe au XIVe siècle : le chœur fut reconstruit dès le XIIIe siècle, un nouveau portail donnant sur la ville fut percé dans le mur nord de la nef et celle-ci fut couverte de voûtes. Au XIXe siècle, l'abbé Boullangier, nommé curé en 1843, entreprit la restauration de la basilique avec l'architecte départemental Léon Charles Grillot ; l'église fut classée monument historique en 1846 et la tour-beffroi reçut alors un portail néo-roman. La paroisse reçut le titre de basilique mineure le 20 février 1933 sous le pontificat de Pie XI ; d'importantes restaurations ont été menées au XXe siècle et, dans le chœur, un parasol à bandes rouge et or, un écusson et une clochette rappellent ce titre.
La tour, très massive et haute d'une trentaine de mètres, se compose de deux parties : la base, depuis le sol, mesure dix-sept mètres de hauteur et abrite deux salles carrées couvertes par un chemin de ronde ouvert par des baies et des meurtrières, et, au-dessus, un beffroi en retrait d'1,50 m contenant les cloches. Dans l'épaisseur du mur sud, à droite en entrant, un escalier en spirale dont les marches sont adossées au moyeu mène au chemin de ronde et se termine par un chapiteau à crochets ; un second escalier, prenant naissance dans la nef à gauche de la porte de la tour, fut redécouvert en 1984. Le toit en bâtière de grès posé en 1933 porte deux croix, l'une en pierre nimbée et l'autre en fer forgé surmontée d'un coq.
Le chœur comprend un vaisseau central formé de deux travées précédant une abside à cinq pans et de deux absidioles à quatre pans, en retrait d'une travée ; les absidioles, traitées comme annexes, sont désaxées à 45° par rapport à l'axe de l'église, une disposition relativement rare dans l'art roman et comparable à celle d'édifices tels que Montbron, Monsempron-Libos, l'abbaye de Puypéroux ou la chapelle Saint-Quenin de Vaison-la-Romaine, configuration ensuite réutilisée dans certains exemples gothiques.
Le portail dit des Bourgeois reflète l'organisation spatiale médiévale : au XIIIe siècle, le cloître et les bâtiments conventuels bordaient le côté sud et les chanoinesses disposaient d'une entrée particulière, tandis que les paroissiens entraient par la porte nord dite des bourgeois ; cette disposition subsista jusqu'au XIXe siècle, quand fut percée dans la tour une nouvelle entrée, nommée Antrée Mons St-Goéry. Le portail présentait un riche décor sculpté avec statues sur les parois latérales, trois tympans et des voussures ornées ; il fut fortement dégradé en 1793, puis fait l'objet de travaux sous la direction d'Émile Boeswillwald exécutés par Schuler. L'entrée, de forme trapézoïdale et large de 7,6 mètres, comporte une croisée d'ogive dont la clé représente un agneau entouré d'un cercle de feuillage et d'une figure très abîmée, peut-être un ange ; l'arc sur la rue est légèrement brisé et muni d'une archivolte à deux voussures décorées de feuilles se terminant en crochets, le tout étant surmonté d'une arête en saillie portée par des corbeaux en forme de gargouilles. Au centre, sur le trumeau, se trouve une statue de la Vierge à l'Enfant haute de 2,25 mètres, avec des traces de polychromie et attribuée au XIIIe siècle ; cinq têtes provenant du portail sont conservées au Musée départemental d'art ancien et contemporain d'Épinal.
Parmi les œuvres et objets conservés figurent un tableau de Nicolas Bellot représentant la Passion du Christ et le château d'Épinal symbolisant Jérusalem, provenant du XVIIe siècle, la nécropole des Dames du chapitre Saint-Goëry (tombes allant de Yolande de Bassompierre à Gabrielle de Spada), ainsi que des reliquaires de saint Auger, de saint Goëry et de saint Maurice et de ses compagnons : la châsse centrale renferme le corps de Goëry, le reliquaire de gauche celui d'Auger et celui de droite des reliques de Maurice d'Agaune et de ses compagnons, tandis qu'au-dessus de l'autel une peinture du XVIIIe siècle représente saint Goëry avec ses filles, sainte Précie et sainte Victorine. L'orgue, somptueux mais abîmé, peut encore fonctionner au moyen de soufflets bien qu'il soit maintenant alimenté électriquement ; on y trouve également plusieurs chapelets illustrant les mystères glorieux, douloureux et joyeux, une représentation du château ainsi qu'un autel aux reliques accompagné d'une peinture de Goëry.