Origine et histoire de la Basilique Sainte-Marie-Madeleine
La basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, fondée au IXe siècle par Girart de Roussillon comme abbaye bénédictine sous protection pontificale, devient un haut lieu de pèlerinage médiéval après l'arrivée des reliques de Marie Madeleine en 882. Détruite par les Normands en 873, elle est reconstruite sur la colline de Vézelay, où une première église carolingienne est dédiée en 878 par le pape Jean VIII. Son rayonnement s’accroît grâce à ces reliques, attirant pèlerins et personnalités comme Bernard de Clairvaux ou Louis VII.
Au XIe siècle, l’abbaye, rattachée à Cluny en 1058, connaît un essor majeur sous l’abbatiat de Geoffroy (1037–1052), qui expose les reliques et attire des foules. Les conflits avec les évêques d’Autun et les comtes de Nevers marquent cette période, notamment l’intervention d’Odilon de Cluny en 1027 pour rétablir l’ordre. La reconstruction de la nef romane, débutée en 1120 après un incendie, s’achève vers 1140, illustrant l’apogée de l’art roman bourguignon avec ses chapiteaux historiés et son tympan du Christ en gloire.
Le XIIe siècle voit l’édification d’un chœur gothique (1185–1190) sous l’abbatiat de Girard d’Arcy, symbolisant la transition vers une architecture plus lumineuse. Vézelay devient un lieu clé des croisades, avec les départs de Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion en 1190. Classée monument historique dès 1840, la basilique est restaurée par Viollet-le-Duc, qui reconstitue son tympan du Jugement dernier. Inscrite à l’UNESCO en 1979, elle reste un chef-d’œuvre de l’art médiéval, animé aujourd’hui par les Fraternités monastiques de Jérusalem.
L’histoire de Vézelay est aussi marquée par des conflits religieux, comme le schisme de 1159 où l’abbaye soutient le pape Alexandre III contre l’antipape Victor IV, ou la sécularisation de 1537, remplaçant les moines par des chanoines. Après des siècles de déclin, notamment après la découverte des reliques de Marie Madeleine à Saint-Maximin en 1279, la basilique est redécouverte au XIXe siècle par Prosper Mérimée. Ses 118 chapiteaux romans, son narthex à tribunes, et son alignement solaire au solstice d’été en font un site unique, alliant symbolisme spirituel et maîtrise architecturale.
Les dépendances monastiques, aujourd’hui presque disparues, comprenaient une salle capitulaire encore visible, un scriptorium, et des bâtiments conventuels vendus comme carrière de pierres à la Révolution. La basilique, longue de 120 mètres, combine une nef romane aux voûtes d’arêtes (18,55 m de haut) et un chœur gothique (22 m) baigné de lumière, reflétant l’évolution des styles et des croyances. Son tympan du narthex, représentant la mission apostolique, et ses vitraux projetant des motifs lumineux au solstice, illustrent une quête de transcendance par l’art et l’architecture.
Aujourd’hui, la basilique attire près de 830 000 visiteurs annuels, premier monument de Bourgogne. Les Fraternités monastiques de Jérusalem y animent une vie liturgique quotidienne, perpétuant son rôle spirituel. Classée au patrimoine mondial pour son influence sur l’art roman et son histoire liée aux pèlerinages compostellans, Vézelay incarne à la fois un héritage médiéval exceptionnel et un lieu vivant de prière et de culture.