Origine et histoire de la Basilique Sainte-Trinité
La basilique Sainte-Trinité de Cherbourg-en-Cotentin, édifiée principalement au XVe siècle, est l’un des plus anciens monuments de la ville. Ses origines remontent à une première église fondée vers 435 par saint Éreptiole, évêque de Coutances, puis détruite lors des raids vikings en 841. Reconstruite par le duc Richard II de Normandie et dédicacée en 1033, elle est à nouveau détruite pendant la guerre de Cent Ans. Les travaux de reconstruction débutent en 1412, mais sont interrompus par manque de fonds en 1422, avant de reprendre en 1428 avec la construction du clocher, du chœur et des chapelles. La nef, achevée entre 1450 et 1466 après le départ des Anglais, est consacrée en 1466 par Jean Tustot, curé de Cherbourg.
L’église abrite un automate célèbre, Notre-Dame Montée, commandé en 1466 par le bourgeois Jean Aubert pour commémorer la délivrance de la ville. Ce mécanisme, activé chaque 15 août jusqu’en 1702, représentait l’Assomption de la Vierge entourée d’anges. La basilique, jamais totalement achevée, subit des ajouts hétéroclites au fil des siècles, comme la chapelle du Saint-Sacrement au XVIIIe siècle. Saccagée en 1794 pendant la Révolution, elle est profondément restaurée au XIXe siècle, avec l’ajout d’une tour néogothique en 1828. Elle est élevée au rang de basilique mineure en 1921 par le pape Benoît XV.
Le monument se distingue par son mobilier exceptionnel : une danse macabre sculptée du XVe siècle (restaurée au XIXe), des bas-reliefs en albâtre anglais, une chaire du XVIIIe siècle, et des tableaux attribués à Philippe de Champaigne. Le portail nord, de style gothique flamboyant (1531), contraste avec la tour-porche néogothique. Le chevet, adossé aux anciens remparts de la ville, rappelle son rôle défensif passé. Classée monument historique en 1944, la basilique incarne à la fois l’histoire religieuse, militaire et artistique de la Normandie.
Parmi les événements marquants, on note l’inhumation en 1473 de Pierre Turpin de Crissé, évêque d’Évreux, dans le chœur, et la destruction en 1794 du mécanisme de Notre-Dame Montée par les révolutionnaires. Au XIXe siècle, l’architecte Geufroy mène d’importantes consolidations, tandis que la basilique devient un symbole de résilience locale. Son décor intérieur, incluant des clefs de voûte ornées et des peintures murales, témoigne des influences gothiques tardives et Renaissance.
La basilique conserve aussi des traces de son passé médiéval, comme le porche roman du XIe ou XIIe siècle, intégré à la structure actuelle. Les vitraux, les orgues de Cavaillé-Coll et les stalles du chœur complètent un ensemble patrimonial remarquable. Son histoire reflète les bouleversements politiques (occupation anglaise, Révolution) et les évolutions artistiques, faisant d’elle un lieu de mémoire majeur en Normandie.