Origine et histoire du Becquet de l'Iton
Le Becquet de l'Iton, aussi appelé Becquet de Chéraumont, est un ouvrage hydraulique en maçonnerie construit au XIIe siècle sous Henri Ier Beauclerc. Situé à Bourth en Normandie, sur la rivière Iton, il a pour fonction de diviser les eaux en deux bras artificiels : l’un vers Breteuil-sur-Iton au nord, l’autre vers Verneuil-sur-Avre au sud. Ce système permettait d’alimenter les fossés des places fortes, renforçant leur défense. Le barrage, inscrit aux monuments historiques en 2002, comprend un épi central, des bassins de retenue et des déversoirs équipés de lamiers métalliques pour éviter les embâcles.
L’origine du Becquet remonte à Guillaume II le Bâtard (futur Guillaume le Conquérant), qui détourna une partie de l’Iton vers 1054 pour alimenter les fossés de Breteuil après la perte du château de Tillières. Son fils, Henri Ier Beauclerc, compléta le système entre 1119 et 1131 en créant un seuil maçonné pour séparer définitivement les eaux vers les deux villes. Deux drains, appelés trou-de-botte et trou-de-corne, furent installés pour éviter l’assèchement du lit naturel de la rivière. Ces aménagements reflètent les enjeux stratégiques de l’époque, où le contrôle de l’eau était crucial pour la défense des territoires frontaliers.
Au XVIIIe siècle, le barrage fut presque entièrement reconstruit, puis doté d’un déversoir en 1843 pour un coût de 14 000 francs or. Les réparations se poursuivirent au XIXe siècle, avec des travaux majeurs en 1808 et 1843. En 1999, le Syndicat de rivière Intercommunal de la Haute Vallée de l’Iton (SIHVI) acquit des parcelles pour restaurer l’ouvrage : curage des boues, réparation des maçonneries et des joints, et remplacement des pavés des déversoirs. Le site, géré par le SIHVI depuis 1857, fut inscrit à l’inventaire des monuments historiques en 2002, incluant les bassins, déversoirs et l’éperon.
L’étymologie du terme becquet provient du vieux normand bekkr (bec), désignant un petit ruisseau ou un banc. Le monument s’inscrit dans un réseau hydraulique s’étendant sur 30 km, illustrant l’ingénierie médiévale et son adaptation aux besoins militaires. En 2013, des aménagements furent réalisés pour faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite, avec un financement partagé entre le Conseil Général (39,1 %), la Région (25,7 %) et le FEADER (15,2 %).
Aujourd’hui, le Becquet de l’Iton témoigne de l’histoire normande, des conflits frontaliers entre ducs de Normandie et rois de France, et de l’évolution des techniques hydrauliques du Moyen Âge à l’époque moderne. Sa gestion actuelle vise à préserver ce patrimoine tout en assurant sa fonction écologique et historique.