Origine et histoire du Beffroi
Le beffroi de Cambrai, symbole des libertés communales, trouve ses origines au XIe siècle, bien que sa construction actuelle date principalement des XVe et XVIIIe siècles. L’évêque Manassès le fit détruire en 1095, puis il fut rétabli en 1207 avant d’être à nouveau démoli sur ordre de l’Empereur Henri. Ces destructions répétées reflètent les tensions entre la population cambrésienne, l’autorité ecclésiastique et le pouvoir impérial. Le beffroi était un outil d’appel aux assemblées, aux réjouissances, mais aussi à l’insurrection, ce qui expliquait sa destruction systématique par les autorités.
En 1395, Cambrai obtint définitivement de l’empereur Venceslas le droit de posséder un beffroi. À partir de 1550, ce rôle fut assuré par le clocher de l’église Saint-Martin, érigé en style gothique entre 1447 et 1474, culminant à 57 mètres. Endommagé par la foudre en 1528 et lors du siège de 1595, sa partie supérieure fut démolie en 1698. La reconstruction, achevée en 1736, modifia sa silhouette avec un dôme et un lanternon, portant sa hauteur à 62 mètres. Ce beffroi, épargné malgré la destruction de l’église Saint-Martin pendant la Révolution, incarne la résistance et l’identité locale.
L’incendie de 1920 marqua un tournant tragique pour le beffroi. Lors des fêtes du 15 août célébrant le retour des cloches et statues perdues pendant la Première Guerre mondiale, un feu de Bengale embrasa la plateforme supérieure. Les pompiers, impuissants à éteindre les flammes à 60 mètres de hauteur, assistèrent à la chute de la grosse cloche, fissurée. Refondue en 1921, elle sonna à nouveau pour la Fête nationale. Les statues d’angle, détruites, furent remplacées en 1922 par des sculptures de Marcel Gaumont, représentant un chef franc, un archer des milices, Louise de Savoie et le marquis de Cézen.
Le beffroi abritait aussi les gallus, guetteurs chargés de surveiller la ville depuis le XVe siècle. Logés dans le dôme après avoir gravi 248 marches, ils annonçaient les heures, les incendies, les attaques ennemies et les couvre-feux. Leur rôle, hérité du Moyen Âge, prit fin en 1934 avec l’électrification des cloches. Une anecdote de 1674 révèle leur vie quotidienne : les pasteurs de Saint-Martin se plaignirent des « pluies artificielles » causées par les urines des gallus tombant sur la toiture de l’église, obligeant la ville à intervenir.
Architecturalement, le beffroi allie des éléments gothiques du XVe siècle à des modifications du XVIIIe, comme le lanternon remplaçant l’ancienne flèche torse. Les quatre statues actuelles, ajoutées après l’incendie de 1920, célèbrent des figures historiques locales : un guerrier franc, un soldat de la milice communale, Louise de Savoie (signataire de la Paix des Dames en 1529) et le marquis de Cézen, premier gouverneur royal après l’annexion de Cambrai par Louis XIV en 1667. Fermé au public en raison de l’état des marches, il reste un témoignage vivant de l’histoire mouvementée de la ville.