Origine et histoire de la Bibliothèque nationale et universitaire
La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNU) fut fondée après la destruction tragique de deux bibliothèques strasbourgeoises en 1870, lors du bombardement de l'église du Temple-Neuf pendant la guerre franco-prussienne. Ces collections, comptant plus de 300 000 volumes dont des manuscrits médiévaux inestimables comme l’Hortus deliciarum d’Herrade de Landsberg, furent réduites en cendres. Face à ce désastre, un appel international aux dons fut lancé par Karl August Barack, permettant de reconstituer rapidement un fonds de 200 000 ouvrages dès 1871. La bibliothèque, initialement installée au Palais Rohan, prit le nom de Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek zu Strassburg (KULBS) en 1872, sous l’égide de l’Empire allemand.
Le bâtiment actuel, de style néo-Renaissance italienne, fut érigé entre 1889 et 1894 sur la Kaiserplatz (aujourd’hui place de la République) par les architectes August Hartel et Skjold Neckelmann. Il devint un symbole de la politique culturelle allemande en Alsace, accueillant des dons prestigieux comme 40 000 ouvrages de la bibliothèque de Königsberg (détruite en 1945) ou 4 000 volumes de la collection personnelle de l’empereur Guillaume Ier. Sous la direction de Julius Euting, la BNU se spécialisa dans les sciences religieuses et l’orientalisme, constituant l’un des fonds les plus riches d’Europe dans ces domaines. Son statut hybride, à la fois nationale et universitaire, fut préservé après 1918 malgré le retour de l’Alsace à la France.
La Seconde Guerre mondiale marqua un nouveau drame pour la BNU : en 1939, 1,5 million de volumes furent évacués vers Clermont-Ferrand et des châteaux du Puy-de-Dôme pour échapper aux bombardements. Malgré ces précautions, 500 000 ouvrages furent perdus (destruction, vols, censure), dont les collections de médecine entreposées à Barr. Le bâtiment strasbourgeois, légèrement endommagé en 1944, vit aussi ses décors intérieurs wilhelmiens démantelés lors des rénovations d’après-guerre (1951–1956). Ces événements renforcèrent cependant sa vocation patrimoniale, avec des fonds uniques comme les papyrus (5 200 documents) ou les 6 700 manuscrits, dont des œuvres de Goethe et Hans Arp.
Depuis les années 2000, la BNU a engagé un vaste chantier de modernisation, le projet BNU Nouvelle, doté d’un budget de 61 millions d’euros. Les travaux (2010–2014) visaient à restaurer la centralité du dôme, à créer des espaces culturels (auditorium, salles d’exposition) et à porter la capacité d’accueil à 660 places. Le bâtiment, classé monument historique en 2004, rouvrit en 2014 avec une surface dédiée aux collections en libre accès multipliée par six. Aujourd’hui, la BNU reste la deuxième bibliothèque de France par le volume de ses fonds et un pôle d’excellence pour les sciences humaines, l’aire germanique et les études religieuses.
La BNU se distingue aussi par son engagement numérique, avec des projets comme Numistral, sa bibliothèque patrimoniale en ligne, ou des partenariats avec Wikimédia France pour diffuser le patrimoine alsacien. Ses collections numérisées, accessibles via des portails comme Alsatica ou Europeana, incluent des journaux de tranchées de 1914–1918, des archives protestantes et une iconographie régionale exhaustive. En 2020, son statut fut réaffirmé par un décret la liant à l’université de Strasbourg, tout en conservant son autonomie administrative et son rôle de conservatoire de la mémoire écrite rhénane.
Architecturalement, l’édifice allie une façade monumentale, classée, à des intérieurs repensés pour concilier modernité et patrimoine. Le dôme central, symbole de la bibliothèque, fut préservé lors des travaux, tandis que des éléments métalliques réfléchissants furent ajoutés pour diffuser la lumière zénithale. Avec 81 km linéaires de rayonnages après extension, la BNU continue d’enrichir ses collections (25 000 documents/an) et d’affirmer son rayonnement international, notamment dans l’espace rhénan et les réseaux universitaires européens.