Origine et histoire de la Borne milliaire
La borne milliaire de Mélas, aussi appelée borne des Combes, est un vestige romain du IIe siècle découvert dans un ravin près du Teil, en Ardèche. Taillée dans un calcaire gris bleuté, elle mesure 1,75 m de haut pour un diamètre de 50,6 cm et pèse environ une tonne. Son inscription latine, datée de 145 apr. J.-C., indique qu’elle fut érigée sous Antonin le Pieux, successeur d’Hadrien, marquant le 4e mille de la voie des Helviens depuis Alba Helviorum (Alba-la-Romaine) vers le Rhône. La borne fut trouvée au pied du coteau des Combes, près d’un torrent affluent du Frayol, et déplacée à plusieurs reprises avant d’être classée monument historique le 10 août 1932.
L’original, après avoir été exposé sous le balcon du centre de documentation archéologique d’Alba, est aujourd’hui conservé au musée MuséAl d’Alba-la-Romaine depuis 2013. Une réplique, réalisée en 1992 par le tailleur de pierre Jean Coulon sous la direction de René Rebuffat (CNRS), a été installée près du lieu de découverte, sur une aire de stationnement le long de la route N102. Cette copie, financée par l’Association des Amis de Mélas et du Patrimoine, reproduit fidèlement les techniques romaines, y compris l’inscription gravée au gravelet. Une plaque explicative adjacente contient cependant des erreurs, attribuant à tort la borne à Hadrien au lieu d’Antonin le Pieux.
La borne de Mélas est l’un des rares milliaires de la voie des Helviens encore bien conservé, lisible et localisable. Son étude a attiré l’attention des archéologues depuis le XIXe siècle, comme en témoignent les travaux de Jacques Rouchier (1861) ou Henri Thédenat, qui mentionne une croix rouge peinte sur la pierre pour la « christianiser ». Son déplacement initial du ravin vers le bord de la route, puis vers un socle en 1932, reflète les efforts pour préserver ce témoignage du réseau routier romain en Gaule narbonnaise. La voie, reliant Alba au Rhône, jouait un rôle clé dans les échanges régionaux sous l’Empire.
L’inscription latine, transcrite comme imp.caes t.aelio hadr aug anton pio. p.p trib.pot.VII cos. IIII m.p.IIII, se traduit par : « À l’empereur César Titus Aelius Hadrien Auguste Antonin pieux, père de la Patrie, dans sa 7e puissance tribunicienne, consul pour la 4e fois, 4 mille pas ». Ce milliaire, fabriqué ou posé début 145, illustre la politique de bornage systématique des voies sous Antonin le Pieux, peut-être décidée dans l’urgence quelques mois auparavant. Son calcaire dur, semi-bréchique, et sa gravure accentuée ultérieurement en facilitent aujourd’hui la lecture, malgré des micro-fissures et une usure naturelle.
Les déplacements successifs de la borne — du ravin à la route N540 (devenue N102), puis vers Alba — s’expliquent par des impératifs de conservation et d’accessibilité. Après des actes de vandalisme et l’élargissement de la route en 1990-1991, la réplique fut installée 2 km au nord-ouest du site original (coordonnées : 44° 34′ 17′′ N, 4° 37′ 58′′ E). L’original, quant à lui, fut d’abord entreposé au centre de documentation archéologique d’Alba avant d’intégrer les collections du musée MuséAl, où il est désormais exposé dans la salle d’accueil.
Ce milliaire témoigne de l’ingénierie romaine en Ardèche et de l’importance stratégique de la voie des Helviens, reliant la cité d’Alba au fleuve Rhône. Son étude, couplée à celle des 50 milliaires estimés de la série, éclaire l’organisation du territoire sous l’Empire. Les recherches de René Rebuffat (CNRS) et Joëlle Napoli ont notamment permis de préciser son contexte historique et épigraphique, tandis que des archives du XIXe siècle, comme celles du R.P. Thédenat, documentent ses premières mentions et son iconographie christianisée.