Origine et histoire
La borne milliaire de Mélas, aussi appelée borne des Combes, est un monument romain du IIe siècle (vers 145 ap. J.-C.), érigé sous le règne d’Antonin le Pieux. Découverte dans un ravin près du Teil (Ardèche), sur le tracé de la Voie des Helviens, elle indique le quatrième mille au nord d’Alba Helviorum (actuelle Alba-la-Romaine) en direction du Rhône. Son inscription latine, gravée sur un fût cylindrique de calcaire gris-bleuté (1,75 m de haut), atteste de sa fonction de repérage routier dans l’Empire romain. L’original, déplacé à plusieurs reprises, est aujourd’hui exposé au musée MuséAl d’Alba-la-Romaine, tandis qu’une réplique fidèle, réalisée en 1992 par le tailleur Jean Coulon, se dresse près du lieu de découverte, sur la commune d’Aubignas.
L’histoire de cette borne est marquée par des déplacements successifs. Trouvée « au pied du coteau des Combes » (1861), elle fut remontée au bord de la route nationale, puis déplacée en 1932 côté rivière après son classement comme Monument Historique. Un troisième mouvement eut lieu après 1932, le long de la N102, avant son transfert définitif au musée en 2013. La réplique, financée par l’Association des Amis de Mélas, reproduit les techniques romaines, y compris la gravure manuelle de l’inscription. Une erreur courante attribue la borne à Hadrien, alors qu’elle célèbre Antonin le Pieux, son successeur, comme l’ont confirmé les épigraphistes René Rebuffat et Joëlle Napoli.
La borne de Mélas est un témoignage rare et bien conservé des milliaires ardéchois, série de bornes jalonnant la voie romaine. Sa fabrication, vers 145, coïncide avec une campagne de bornage rapide décidée par Antonin le Pieux, comme l’a souligné Ginette di Vita-Evrard. Le R.P. Henri Thédenat nota en 1885 une croix rouge peinte sur la pierre, symbole de sa réappropriation chrétienne postérieure. Son calcaire dur, semi-bréchique, et son inscription lisible en font un objet d’étude privilégié pour les archéologues, malgré des micro-fissures et une usure naturelle. La borne pèse environ une tonne et mesure 1,32 m de haut (fût) pour un diamètre de 50 cm.
Les sources archéologiques situent la borne à la limite des communes du Teil et d’Aubignas, près du torrent du Frayol. Son emplacement original, dans un ravin, suggère un premier déplacement pour la placer au bord de la route. Les coordonnées GPS de la réplique (44° 34′ 17′′ N, 4° 37′ 58′′ E) diffèrent de celles du site de découverte (44° 33′ 41′′ N, 4° 38′ 53′′ E), reflétant les aménagements routiers du XXe siècle. Classée en 1932, elle illustre l’ingénierie romaine en Gaule narbonnaise et le réseau viaire reliant les cités antiques. Son étude a mobilisé des experts comme Pierre Arnaud, auteur de Voies romaines en Helvie (1966), ou Ingemar König, spécialiste des milliaires de Narbonnaise.
L’inscription latine, transcrite comme « IMP.CAES.T.AELIO.HADR.AVG.ANTON.PIO.P.P.TRIB.POT.VII.COS.IIII.M.P.IIII », se traduit par : « À l’empereur César Titus Aelius Hadrien Auguste Antonin le Pieux, père de la Patrie, dans sa 7e puissance tribunicienne, consul pour la 4e fois, 4 mille pas. » Cette formule standardisée confirme la datation et l’appartenance à la série des milliaires d’Antonin. La borne, bien que déplacée, reste un marqueur clé de la Voie des Helviens, axe majeur entre le Rhône et les Cévennes. Son histoire récente, entre vandalisme et préservation, reflète les enjeux de conservation du patrimoine ardéchois.