Origine et histoire du Boulevard
Le boulevard Saint-Germain est une voie majeure de la rive gauche de Paris, nommée en hommage à Germain de Paris (496–576), évêque de la ville, et en raison de sa proximité avec l’église Saint-Germain-des-Prés. Long de 3 150 mètres et large de 30 mètres, il fut conçu dans le cadre des grands travaux haussmanniens sous le Second Empire pour moderniser la capitale, bien que son tronçon central ne fût achevé qu’en 1877, sous la IIIe République. Son tracé absorba plusieurs rues historiques, comme la rue des Noyers ou la rue Taranne, et entraîna la démolition de nombreux hôtels particuliers du faubourg Saint-Germain.
Le boulevard devint rapidement un symbole de la vie intellectuelle et culturelle parisienne. Au XXe siècle, il fut le théâtre d’événements marquants, comme les manifestations étudiantes de 1958 et de Mai 1968, ou les bombardements allemands pendant la Première Guerre mondiale. Il abritait autrefois des librairies, des maisons d’édition et des cafés littéraires célèbres, tels que le Café de Flore ou la brasserie Lipp, fréquentés par des figures comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou André Malraux. Aujourd’hui, il mêle boutiques de luxe, restaurants et institutions, tout en conservant des traces de son passé historique.
Parmi les bâtiments remarquables, on trouve l’hôtel de Roquelaure (no 246), un chef-d’œuvre architectural du XVIIIe siècle ayant abrité des personnalités comme Cambacérès, ou encore l’ancien théâtre de Cluny (no 71), transformé en cinéma puis en librairie avant d’accueillir un centre sportif. Le boulevard croise également des lieux chargés d’histoire, comme l’emplacement de la prison de l’Abbaye (détruite) ou le square Félix-Desruelles, où se dresse un monument à Bernard Palissy. Son tracé reflète les transformations radicales de Paris, entre héritage médiéval, modernisation haussmannienne et adaptations contemporaines.
Le boulevard Saint-Germain incarne aussi les contradictions de la capitale : lieu de mémoire des révoltes étudiantes et des attentats (comme celui de Carlos au drugstore Publicis en 1974), il est aujourd’hui un espace à la fois touristique et résidentiel, où se côtoient ministères (comme celui de l’Écologie, no 246), ambassades et enseignes commerciales. Son histoire reflète ainsi les mutations politiques, sociales et urbaines de Paris, depuis les percées du XIXe siècle jusqu’aux enjeux actuels de préservation patrimoniale.
Enfin, le boulevard est marqué par des figures littéraires et artistiques, comme Guillaume Apollinaire (no 202), Yves Montand (no 114) ou Sonia Rykiel (no 175). Des plaques commémoratives rappellent leur passage, tandis que des fouilles archéologiques récentes, comme celles menées en 2025 près du no 117, révèlent des vestiges datant du Ier siècle, soulignant la stratification historique du quartier. Entre héritage et modernité, le boulevard Saint-Germain reste un symbole de la rive gauche, à la fois élitiste et contestataire.