Origine et histoire de la Bourse du travail
La Bourse du travail de Lyon, conçue en 1929 par l’architecte Charles Meysson, fut initialement un haut lieu de l’activisme révolutionnaire et syndical lyonnais. Inaugurée en 1935 après des tensions politiques (le maire Édouard Herriot refusant le chant de L’Internationale), elle abritait la salle Albert Thomas, dédiée aux réunions ouvrières et aux luttes sociales de 1936 à 1968. Son architecture, ornée d’une mosaïque de Fernand Fargeot représentant Herriot et Meysson, symbolise l’alliance entre pouvoir municipal et mouvement ouvrier.
À l’origine, le bâtiment servait de quartier général aux syndicats (CGT, CFDT, FSU), avec 55 salles de permanence, des espaces de réunion, et une vocation d’éducation populaire via le théâtre. En 1966, le maire Louis Pradel en modifia l’usage, privilégiant les spectacles (concerts, one-man shows) tout en maintenant un droit de préemption pour les meetings syndicaux. La salle, d’une capacité de 1920 places, devint ainsi un lieu hybride, mêlant divertissement et mémoire sociale.
Classée partiellement aux monuments historiques en 1989 pour ses façades, toitures et atrium décoré, la Bourse du travail incarne l’héritage des luttes ouvrières lyonnaises. Son décor intérieur, réalisé par des artistes locaux en 1936, inclut des fresques de style réalisme socialiste, aujourd’hui partiellement altérées par les rénovations (comme la suppression du plafond lumineux en 1971). Le site reste géré conjointement par la ville et les syndicats, perpétuant son double rôle culturel et militant.
La mosaïque extérieure, installée en 1934 par 35 artisans, illustre la ville embellie par le travail et témoigne de l’ambition initiale du projet : créer un espace à la fois utilitaire et symbolique pour les travailleurs. Les archives du lieu conservent la trace des grandes grèves (métallos en 1938, traminots en 1958, fonctionnaires en 1953), tandis que son adresse, 205 rue de Créqui, en fait un repère géographique et historique majeur du 3e arrondissement.