Origine et histoire de la Brosserie Autin
La brosserie Autin de Saint-Félix, implantée sur les bords du Thérain, trouve son origine dans un moulin à blé seigneurial mentionné dès le XVIe siècle comme dépendance de l’abbaye Saint-Lucien de Beauvais. Racheté comme Bien National à la Révolution après avoir appartenu aux Bénédictins jusqu’en 1766, le site est transformé en 1839 par les industriels Achez et Leclerc, qui y installent un déversoir et trois roues hydrauliques pour une scierie d’os. L’activité évolue vers la brosserie après son rachat en 1892 par Fleury-Cossart, qui développe la fabrication de brosses à dents tout en maintenant le travail de l’os.
En 1864, le site passe sous la direction de Mascré, qui y implante une scierie d’os et une blanchisserie, marquant le début de sa vocation industrielle. Vers 1880, des agrandissements majeurs sont réalisés, dont l’ajout de trois sheds (porteurs de la date 1884) dans le deuxième atelier. Le logement patronal, en brique et pierre de taille, date probablement de cette période ou de l’ère Fleury-Cossart. En 1910, Albert Autin acquiert l’usine et modernise les infrastructures, ajoutant quatre sheds vers 1920 puis trois autres vers 1950, tout en électrifiant le site autour de 1930.
L’usine conserve des équipements remarquables du XIXe siècle, dont une roue hydraulique verticale de type Poncelet (1830–1840) et un régulateur à boule type Watt signé Granger (Rouen). Les marques déposées Falconia (vers 1895) pour les brosses à dents et Docteur Grange (vers 1920) pour les blaireaux témoignent de son rayonnement commercial. Fermée en 1979, la brosserie est classée Monument Historique en 1990 pour ses bâtiments (moulins Ouest et Est, sheds, roues hydrauliques) et transformée en musée en 1994, préservant machines, outils et mécanismes d’origine.
Architecturalement, le site mêle des éléments médiévaux (pignon en pierre du moulin Est, contreforts) et industriels (ateliers en brique, sheds, toit en tuile mécanique). Le moulin Ouest, partiellement médiéval, et le moulin Est, avec ses mécanismes hydrauliques intacts, illustrent la transition entre l’artisanat traditionnel et la révolution industrielle. La roue de type Sagebien et les outils de brosserie (machines trou à trou, tondeuses) complètent ce patrimoine technique exceptionnel.
Socialement, l’usine emploie jusqu’à 125 ouvriers vers 1910, chiffre qui décline à 40 salariés en 1970, reflétant les mutations économiques du XXe siècle. Son histoire croise celles des abbayes locales (Saint-Lucien de Beauvais), des Bien Nationaux, et de l’industrialisation rurale, tout en documentant l’évolution des métiers de la brosserie, de la tabletterie et de la boutonnerie dans les Hauts-de-France.