Origine et histoire du Café
Le Café Procope, dit aussi Le Procope, est fondé en 1686 par l’Italien Francesco Procopio dei Coltelli, originaire de Sicile. Installé rue des Fossés-Saint-Germain (actuelle rue de l'Ancienne-Comédie), il devient rapidement un lieu incontournable pour les intellectuels et artistes du XVIIIe siècle. Procopio, après avoir travaillé pour un cafetier arménien, rachète l’établissement et le décore somptueusement, attirant une clientèle prestigieuse comme Voltaire, Diderot et d’Alembert. Le café obtient en 1700 une concession perpétuelle pour l’alimentation en eau, symbole de son statut privilégié.
Au XVIIIe siècle, le Procope s’impose comme le café littéraire par excellence, fréquenté par les encyclopédistes et les philosophes des Lumières. Selon la légende, l’idée de l’Encyclopédie y aurait germé lors d’échanges entre Diderot et d’Alembert. Benjamin Franklin, régulier du lieu, y aurait préparé des éléments du traité d’alliance franco-américain de 1778 et esquissé des idées pour la Constitution des États-Unis. Le café est aussi cité dans les Lettres persanes de Montesquieu, qui évoque son rôle dans la diffusion des idées et des débats.
Sous la Révolution française, le Procope devient un foyer révolutionnaire, accueillant des figures comme Danton, Marat et Robespierre. Le club des Cordeliers s’y réunit, et le bonnet phrygien y est exhibé pour la première fois avant l’assaut des Tuileries en 1792. La table de Voltaire sert même d’autel lors du transfert de ses cendres au Panthéon en 1794. Après la mort de Franklin en 1790, un service funéraire improvisé lui est rendu dans l’établissement, devant son portrait.
Au XIXe siècle, le café change de mains et redevient un lieu littéraire sous la direction de Jean-Baptiste-Godefroy-Modeste Heu, qui y attire les romantiques comme Musset, George Sand et Théophile Gautier. En 1883, il accueille la première assemblée du Stade français. Fermé en 1890 faute de rentabilité, l’espace est ensuite occupé par un Bouillon Chartier avant d’être rénové en 1957. Depuis, le Procope est un restaurant rendant hommage à son héritage historique, avec une décoration inspirée du XVIIIe siècle et des références à la Révolution.
L’architecture actuelle, bien que largement reconstruite, conserve des éléments historiques comme la façade et ses balcons en fer forgé, inscrits aux monuments historiques en 1962. À l’intérieur, des citations de Voltaire, la Déclaration des droits de l’homme de 1789 et des objets révolutionnaires (comme un chapeau attribué à Napoléon) rappellent son passé. Les toilettes, marquées « Citoyens » et « Citoyennes », et les murs rouges pompéiens perpétuent l’esprit révolutionnaire. Aujourd’hui, le Procope abrite aussi des cérémonies comme le prix des Lumières, récompensant des essais critiques dans la tradition des Lumières.