Origine et histoire du Cairn de Barnenez
Le cairn de Barnenez, appelé Kerdi Bras en breton, est un ensemble mégalithique exceptionnel situé sur la presqu'île de Kernelehen à Plouezoc'h (Finistère). Construit vers 4700 av. J.-C. pour sa partie primaire, puis agrandi vers 4300 av. J.-C., il se compose de deux cairns en pierre sèche accolés, couvrant onze dolmens à couloir sur une longueur de 75 mètres. Ce monument, classé parmi les plus anciens d’Europe avec le cairn III de Guennoc, précède de 2 100 ans les pyramides égyptiennes. Sa construction en deux phases reflète l’évolution des techniques architecturales néolithiques, avec des matériaux locaux comme la métadolérite et le granite rapporté d’îlots voisins.
Les dolmens, aux structures variées (pierre sèche, mégalithes, ou semi-mégalithes), abritaient des sépultures collectives et des objets funéraires datant du Néolithique moyen au Chalcolithique, voire jusqu’à l’âge du fer pour certaines réutilisations. Les fouilles menées par Pierre-Roland Giot entre 1955 et 1968, déclenchées après des destructions par des carriers en 1955, ont révélé des gravures symboliques (haches, cornes, croix) et des traces de peintures polychromes (rouge et noir) dans la chambre H, une découverte unique en Bretagne. Le cairn, sauvé in extremis, a été restauré et classé Monument Historique en 1956, devenant un témoignage majeur du mégalithisme atlantique.
La fonction des cairns dépasse le simple rôle funéraire : Pierre-Roland Giot y voit des lieux de communion sociale et religieuse, marquant une phase clé de la civilisation européenne. Leur architecture monumentale, avec des voûtes en encorbellement intactes après 6 000 ans, démontre une maîtrise technique remarquable, malgré l’absence de mortier. Le cairn secondaire, deux fois plus volumineux que le primaire, illustre une évolution des pratiques constructives, avec des parements multiples en granite et métadolérite. Les dolmens, comme celui de type H (entièrement mégalithique) ou D (en pierre sèche), révèlent une diversité de conceptions, peut-être liées à des usages distincts au sein de la communauté néolithique.
Le site, géré par le Centre des monuments nationaux, offre une vue pédagogique sur quatre chambres éventrées en 1955, permettant d’observer les différentes techniques de construction. Les fouilles ont aussi mis au jour un mobilier varié : poteries fines, flèches en silex, poignards en cuivre arsénié, et même des coquillages, témoignant d’une fréquentation prolongée jusqu’à l’époque gallo-romaine. Le cairn voisin, Kerdi Bihan, partiellement détruit, suggère l’existence d’un complexe mégalithique plus étendu, aujourd’hui réduit à des vestiges.
Le cairn de Barnenez s’inscrit dans un réseau de monuments similaires sur la façade atlantique européenne, comme Newgrange en Irlande ou les sites du Poitou. Son sauvetage en 1956, grâce à l’intervention de Giot et à la mobilisation médiatique (notamment via l’écrivain Francis Gourvil), en a fait un symbole de la préservation du patrimoine. Aujourd’hui, le site, accessible depuis Morlaix, propose une exposition et une visite payante (6 € en 2018), mettant en valeur son rôle dans l’histoire du mégalithisme et son statut de « Parthénon mégalithique », selon les mots d’André Malraux.