Origine et histoire du Cairn de Gavrinis
Le cairn de Gavrinis, situé sur l'île éponyme dans le golfe du Morbihan (Larmor-Baden, Morbihan), est un dolmen à couloir daté entre 4250 et 4000 av. J.-C. Ce monument mégalithique, presque circulaire (50-60 m de diamètre pour 6-8 m de hauteur), se distingue par son décor gravée exceptionnel, couvrant près de 50 m2 sur 23 des 29 orthostates. Classé Monument Historique dès 1901, il est considéré comme le plus richement orné de Bretagne, avec des motifs abstraits (crosses, haches, spirales) et figuratifs (bovidés, cachalots). Son accès fut délibérément condamné vers 3300-3100 av. J.-C. par un remblai de pierres et une chape de sable, scellant son mystère pour des millénaires.
L'île de Gavrinis, rattachée au continent à l'époque néolithique, abritait aussi un monastère au Moyen Âge avant d'être acquise en 1801 par le docteur Cauzique, maire de Crach. Ce dernier découvrit accidentellement l'entrée du dolmen en 1832 lors de travaux agricoles. Les premières fouilles, menées en 1835 sous l'œil de Prosper Mérimée, révélèrent un couloir de 13 m de long menant à une chambre funéraire trapézoïdale, recouverte d'une dalle de 17 tonnes issue d'un menhir brisé. Les archéologues, comme Zacharie Le Rouzic (années 1920) et Charles-Tanguy Le Roux (années 1980), ont mis en lumière la complexité du site, incluant des murs concentriques internes et un système de fondations en rigole sableuse.
Les gravures du cairn, exécutées à l'aide de galets en quartz, mêlent symboles géométriques (zigzags, méandres) et représentations stylisées d'outils (haches, crosses), reflétant peut-être des croyances ou un statut social élitiste. Certaines dalles, comme la table de couverture, révèlent des réemplois de matériaux plus anciens, ornés de figures animales monumentales (bovin, cachalot). Le site, propriété du département du Morbihan depuis 1961, a bénéficié de restaurations majeures, dont une numérisation 3D achevée en 2013. Classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2025 avec les mégalithes de Carnac, il reste accessible par bateau depuis Larmor-Baden ou Arzon.
L'architecture du cairn, d'une précision remarquable, inclut un dallage intérieur suivant la pente naturelle et des orthostates calés dans des rigoles de fondation remplies de sable. Les fouilles ont aussi exhumé des traces d'un incendie rituel (3400-2900 av. J.-C.) et des artefacts romains (amphores, céramiques), témoignant d'une occupation multiséculaire. Les restaurations des années 1980, utilisant du béton, ont nécessité des corrections en 2021 pour préserver le granite. Aujourd'hui, le cairn influence encore l'art contemporain, comme en attestent les œuvres du peintre Jean-Claude Bédard, inspirées par ses motifs énigmatiques.
Le cairn de Gavrinis pose des questions sur sa fonction exacte, la petite taille de sa chambre (2,55 m de long) contrastant avec l'ampleur du monument. Les archéologues suggèrent un rôle symbolique ou cérémoniel, lié à des pratiques funéraires ou à un culte des ancêtres. Les haches représentées, parfois perforées, évoquent des objets de prestige, peut-être associés à des élites ou à des rituels. La réutilisation de fragments de menhirs brisés (comme celui d'Er Grah) dans sa construction souligne les liens entre les sites mégalithiques du golfe du Morbihan, distants de seulement quelques kilomètres.