Frise chronologique
Néolithique final
Ensevelissement du cairn primaire
Ensevelissement du cairn primaire
Néolithique final (≈ 2770 av. J.-C.)
Recouvert par un cairn circulaire « d’interdiction ».
4200 av. J.-C.
Construction des dolmens sud et central
Construction des dolmens sud et central
4200 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Premières structures mégalithiques du cairn primaire.
3600 av. J.-C.
Construction du dolmen nord
Construction du dolmen nord
3600 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Ajout du troisième dolmen, plus récent.
1955
Classement monument historique
Classement monument historique
1955 (≈ 1955)
Protection officielle par arrêté ministériel.
1959
Première datation carbone 14 en Europe
Première datation carbone 14 en Europe
1959 (≈ 1959)
Révélation de l’antiquité du dolmen central.
1954–1972
Fouilles et restauration
Fouilles et restauration
1954–1972 (≈ 1963)
Travaux dirigés par Pierre-Roland Giot.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Personnages clés
| Pierre-Roland Giot - Archéologue |
Dirigea les fouilles et la restauration (1954–1972). |
| Jean L'Helgouac'h - Archéologue |
Analysa la structure circulaire unique du cairn. |
Origine et histoire
Le cairn de l'île Carn, situé sur un îlot accessible à marée basse près de Ploudalmézeau (Finistère), est un ensemble mégalithique majeur du Néolithique. Construit vers 4200 av. J.-C. pour ses deux premiers dolmens et 3600 av. J.-C. pour le troisième, il se compose d’un cairn primaire trapézoïdal abritant trois dolmens à couloir, recouvert ultérieurement par un cairn circulaire « d’interdiction » sans entrée. Ce site a révolutionné l’archéologie : en 1959, la datation au carbone 14 du dolmen central, révélant une antiquité de 1 600 ans supérieure à la plus ancienne pyramide égyptienne, a bouleversé les connaissances sur le mégalithisme européen.
À l’origine, le cairn primaire, d’un volume estimé à 600 m3, dominait un paysage continental, le niveau de la mer étant alors 8,80 m plus bas. Ses trois dolmens, alignés du sud-ouest au nord-est, présentent des architectures distinctes : voûtes en encorbellement, couloirs étroits, et pour le dolmen nord, une division en deux sous-chambres. Le mobilier découvert (perles de schiste, poteries, outils en silex) atteste d’une utilisation funéraire et rituelle sur plus d’un millénaire, avec des apports tardifs vers 3000 av. J.-C.
Au Néolithique final, le cairn primaire fut délibérément enseveli sous un cairn circulaire de 30 m de diamètre, dépourvu d’accès, constituant un « massif d’interdiction » unique en Bretagne. Les fouilles menées par Pierre-Roland Giot de 1954 à 1972 ont permis sa restauration partielle, après les destructions subies pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Allemands y installèrent une casemate. Classé monument historique en 1955, le site illustre l’évolution des pratiques funéraires et l’ingéniosité architecturale des sociétés néolithiques.
Le cairn secondaire, initialement un dôme de galets et fragments granitiques, fut partiellement reconstitué pour révéler la façade du cairn primaire. Son mur de parement, exceptionnellement bien conservé, est composé de plaquettes granitiques superposées, surmontées d’une chape de terre noire. Aujourd’hui, l’ensemble atteint une hauteur de 18 m, avec un appendice sud masquant les vestiges de la casemate. Les dolmens, accessibles par des entrées étroites, offrent un témoignage rare des techniques de construction en pierres sèches et des croyances de l’époque.
Les fouilles ont également mis au jour un mobilier varié, incluant des objets en pierre ponce, des flèches, et une hache polie, reflétant des échanges lointains et une société organisée. Le dolmen nord, plus récent, se distingue par son mobilier postérieur d’un millénaire, suggérant une réutilisation prolongée du site. Les travaux de consolidation (1967–1972) ont permis de préserver les voûtes en encorbellement et les parements, bien que certaines reconstitutions, comme celle du dolmen nord, restent hypothétiques.
Symbole du patrimoine mégalithique breton, le cairn de l’île Carn incarne à la fois un lieu de mémoire et un jalon scientifique. Sa découverte a marqué un tournant dans la compréhension du Néolithique, tandis que sa préservation témoigne des efforts pour protéger un héritage vieilli de plus de 6 000 ans. Propriété du département du Finistère, il reste un site clé pour l’étude des pratiques funéraires et de l’architecture préhistorique en Europe.