Origine et histoire de la Cale sèche
La cale sèche de la Landriais, située au Minihic-sur-Rance en Ille-et-Vilaine, est un édifice maritime remarquable construit au début du XXe siècle. Elle a été érigée en 1908 par le constructeur François Lemarchand pour répondre aux besoins croissants de réparation des navires de la grande pêche, notamment les terre-neuvas. Unique en Europe par sa taille et son architecture entièrement en bois, elle mesurait 45 mètres de long et adopte une forme ovale, inspirée des coques de navires. Son système de fermeture, composé de deux vantaux bloqués par des chênes croisés, permettait d’accueillir des bateaux de grande envergure, une rareté entre Brest et Cherbourg à l’époque.
La cale sèche s’inscrit dans l’histoire industrielle du chantier naval de la Landriais, fondé en 1850 par la famille Saubost et repris en 1880 par François Lemarchand. En 1905, ce dernier obtient l’autorisation d’occuper une parcelle pour y établir une installation de réparation navale, aboutissant à la construction de la cale en 1908, mise en service en 1910. Le site, spécialisé dans la construction de doris et de bateaux à moteur, a évolué avec l’électrification dans les années 1920 grâce à un moteur Duvant, encore visible aujourd’hui. La cale, en service jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, a été réhabilitée et est désormais protégée depuis 1996.
L’architecture de la cale sèche repose sur une ossature en madriers de bois, avec une vingtaine de poteaux entretoisés recouverts d’un bordage calfaté. À proximité, des ateliers et entrepôts en parpaing, bois ou tôle, équipés de rails pour hisser les navires, complétaient les infrastructures. Le site, toujours actif comme chantier naval de maintenance, témoigne de l’ingéniosité des techniques de construction navale traditionnelles. Son extrémité aval, fermée par une porte à vantaux, et son aménagement pour accueillir la proue des bateaux illustrent son adaptation aux besoins maritimes de l’époque.
La cale sèche de la Landriais incarne un patrimoine industriel maritime exceptionnel, lié à l’âge d’or de la pêche hauturière en Bretagne. Son inscription aux monuments historiques souligne sa valeur technique et historique, tandis que sa réhabilitation récente préserve ce témoignage unique du savoir-faire naval du début du XXe siècle. Le site, géré aujourd’hui par une association, reste un lieu vivant, où l’on peut encore observer des éléments d’origine, comme le moteur Duvant ou les rails de hissage, rappellant son rôle central dans l’économie locale.
Le chantier naval, qui employait 11 personnes en 1971, s’est adapté aux évolutions technologiques et économiques, passant de la construction de voiliers à l’entretien de navires de plaisance et de pêche. En 2015, il comptait 15 employés, perpétuant une tradition artisanale tout en intégrant des outils modernes. La cale sèche, avec ses ateliers adjacents et son outillage spécialisé (scies, raboteuses, treuils), forme un ensemble cohérent, reflétant près d’un siècle et demi d’activité ininterrompue au service de la marine bretonne.