Frise chronologique
Vers 1520-1540
Construction du calvaire
Construction du calvaire
Vers 1520-1540 (≈ 1530)
Érection par les familles Keranguen et Kersauzon.
1532
Union de la Bretagne à la France
Union de la Bretagne à la France
1532 (≈ 1532)
Contexte politique de sa création.
1926
Classement Monument historique
Classement Monument historique
1926 (≈ 1926)
Reconnaissance patrimoniale nationale.
XXIe siècle
Études scientifiques récentes
Études scientifiques récentes
XXIe siècle (≈ 2007)
Découverte de traces de polychromie originale.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Calvaire (cad. A2, non cadastré) : inscription par arrêté du 25 mars 1997
Personnages clés
| Famille de Keranguen - Seigneurs commanditaires |
Armoiries entremêlées sur le calvaire. |
| Famille de Kersauzon - Alliés des Keranguen |
Co-financiers du monument. |
| Atelier anonyme - Sculpteur présumé |
Lié stylistiquement à Brasparts. |
| François Ier - Roi de France |
Règne durant la construction. |
Origine et histoire
Le calvaire de Croas Ar Rest, érigé dans la première moitié du XVIe siècle à Plouénan (Finistère), est un monument funéraire et religieux commandité par les familles nobles de Keranguen et Kersauzon. Leur alliance, scellée par des mariages ou des pactes politiques, est immortalisée par l’entrelacement de leurs armoiries sur les marmousets — ces figures grotesques soutenant la structure. Ce type de calvaire, typique de la Basse-Bretagne, servait à la fois de repère spirituel pour les pèlerins et de démonstration de pouvoir pour l’aristocratie locale.
À cette époque, la Bretagne, récemment rattachée au domaine royal français (1532), connaît un essor artistique marqué par l’influence des ateliers flamands et bourguignons. Les sculpteurs bretons, souvent itinérants, intègrent des motifs nordiques comme le périzonium (pagne du Christ) aux plis réalistes, ou les attitudes pathétiques des personnages, proches des retables en albâtre anglais. Le calvaire de Plouénan, par sa facture académique, se distingue des productions locales plus rustiques, suggérant l’intervention d’un atelier renommé, peut-être lié à celui de Brasparts, dont le calvaire présente des similitudes stylistiques.
Aucune transformation majeure n’est attestée depuis sa création, bien que les intempéries et les conflits religieux (guerres de Ligue en Bretagne) aient pu endommager certaines sculptures. Le socle porte une inscription gravée, aujourd’hui partiellement effacée, qui pourrait mentionner les donateurs ou la date exacte de consécration. Contrairement à d’autres calvaires bretons, comme celui de Guimiliau, Croas Ar Rest n’a pas subi de restauration controversée au XIXe siècle, préservant son authenticité.
Le monument est indissociable des tensions féodales de l’époque : les familles de Keranguen et Kersauzon, bien que unies, appartenaient à des clans rivaux dans le Léon, une région marquée par des luttes d’influence entre seigneurs et clergé. La Pietà, placée à l’est, pourrait symboliser une réconciliation ou une prière pour les âmes des défunts des deux lignées. Aucune bataille ou événement violent n’est directement associé au calvaire, mais son érection coïncide avec une période de stabilisation politique sous François Ier.
Classé Monument historique en 1926, le calvaire de Croas Ar Rest est aujourd’hui un lieu de mémoire et de dévotion. Il attire les amateurs d’art sacré breton et les historiens de la Renaissance, tandis que la commune de Plouénan en fait un élément central de son patrimoine. Des études récentes, utilisant la photogrammétrie, ont révélé des traces de polychromie originale, confirmant que ces sculptures étaient à l’origine peintes.
Son état de conservation en fait un témoin précieux des échanges artistiques entre la Bretagne et l’Europe du Nord à l’aube de la modernité.