Frise chronologique
1598
Épidémie de peste
Épidémie de peste
1598 (≈ 1598)
Un tiers de la population décimé.
27 septembre 1598
Vœu du seigneur de Kererault
Vœu du seigneur de Kererault
27 septembre 1598 (≈ 1598)
Promesse d’ériger le calvaire s’il est la dernière victime.
1602-1604
Construction du calvaire
Construction du calvaire
1602-1604 (≈ 1603)
Socle, croix et statuaire achevés.
1889
Classement monument historique
Classement monument historique
1889 (≈ 1889)
Protection officielle du monument.
23 août 1944
Bombardement américain
Bombardement américain
23 août 1944 (≈ 1944)
Destruction partielle du calvaire.
1949
Restauration post-guerre
Restauration post-guerre
1949 (≈ 1949)
Dirigée par le sculpteur Millet.
2003-2004
Seconde restauration
Seconde restauration
2003-2004 (≈ 2004)
Nettoyage et réparation complète.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Calvaire (cad. BE 283) : classement par arrêté du 31 janvier 1881
Personnages clés
| Seigneur de Kererault - Commanditaire présumé |
Fit le vœu d’ériger le calvaire en 1598. |
| John D. Skilton - Officier et conservateur américain |
Sauvegarda les statues et lança la restauration. |
| Sculpteur Millet - Restaurateur en 1949 |
Dirigea les travaux sous l’égide des Beaux-Arts. |
| Chanoine Jean-Marie Abgrall - Historien local |
Auteur d’une description détaillée (1904). |
| Léon Le Berre - Journaliste et observateur |
Décrivit le calvaire en 1937 (*L’Ouest-Éclair*). |
Origine et histoire
Le calvaire de Plougastel-Daoulas, situé dans le bourg de Plougastel-Daoulas (Finistère, Bretagne), fut construit entre 1602 et 1604 comme ex-voto pour marquer la fin de l’épidémie de peste de 1598, qui avait décimé un tiers de la population locale. Selon la tradition, le seigneur de Kererault, mort le 27 septembre 1598, aurait fait le vœu d’ériger ce calvaire s’il était la dernière victime de l’épidémie. Le monument, haut de 10 mètres, se compose d’un socle octogonal en microdiorite jaune et de 182 statues en pierre de Kersanton, illustrant des scènes bibliques et légendaires.
La construction s’est déroulée en trois étapes : achèvement du socle en 1602, pose des trois croix en 1603, et finalisation de la statuaire en 1604. Le calvaire, classé monument historique en 1889, suit un schéma iconographique complexe organisé selon les points cardinaux, avec des thèmes comme la naissance, la souffrance, la Pâque et la résurrection. Il s’inspire du calvaire de Guimiliau mais s’en distingue par une distribution moins linéaire des scènes, mêlant anachronismes (comme des paysans en bragou-braz) et recueillement.
Endommagé lors des bombardements américains de 1944, le calvaire fut restauré grâce à l’intervention de John D. Skilton, un officier américain et conservateur de musée, qui créa un fonds de restauration aux États-Unis. Les travaux, dirigés par le sculpteur Millet en 1949, permirent de sauver les statues et fragments épars. Une seconde restauration eut lieu entre 2003 et 2004, incluant le nettoyage du socle et la réparation des pierres. Le monument reste un symbole de la dévotion bretonne, avec des scènes comme Katel Kollet ou la Passion du Christ, lues dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Le calvaire intègre aussi des éléments votifs liés à la peste, comme les fûts des croix couverts de nodosités, ou les statues de saints protecteurs (Roch, Sébastien). La plate-forme centrale, accessible par un escalier de 14 marches, servait autrefois de lieu de prédication. Les trois croix principales représentent le Christ entre les deux larrons, entourés d’anges et de démons, tandis que des scènes comme la Résurrection ou l’Enfer (avec sa gueule médiévale) complètent l’iconographie.
Classé parmi les sept grands calvaires de Bretagne, ce monument illustre l’art religieux breton du XVIIe siècle, alliant savoir-faire local (pierre de Kersanton) et symbolisme complexe. Son histoire reflète aussi les liens transatlantiques nés de sa restauration post-Seconde Guerre mondiale, ainsi que son ancrage dans le paysage dévotionnel de la presqu’île de Plougastel, jalonné de 26 autres croix convergeant vers le bourg.
Les descriptions détaillées du chanoine Abgrall (1904) ou de Léon Le Berre (1937) soulignent son originalité, entre « fourmillement » de personnages et « recueillement ». Aujourd’hui, le calvaire reste un lieu de mémoire, témoignant à la fois de la piété populaire, des épidémies passées et de la résilience d’un patrimoine menacé par les conflits modernes.