Camp antique de Cora à Saint-Moré dans l'Yonne

Patrimoine classé Vestiges Gallo-romain Camp antique Éperon barré

Camp antique de Cora à Saint-Moré

  • D950 Villauxerre
  • 89270 Saint-Moré
Camp antique de Cora à Saint-Moré
Camp antique de Cora à Saint-Moré
Camp antique de Cora à Saint-Moré
Camp antique de Cora à Saint-Moré
Camp antique de Cora à Saint-Moré
Crédit photo : Augusta 89 - Sous licence Creative Commons
Propriété de la commune

Frise chronologique

Antiquité
Haut Moyen Âge
Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
400
500
600
700
800
900
1800
1900
2000
407
Siège des Sarmates
VIe siècle
Destruction du camp
VIIIe siècle
Refuge contre les invasions
1851
Découvertes archéologiques
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Muraille (cad. D 538) : classement par arrêté du 14 septembre 1971

Personnages clés

Auguste Empereur romain ayant ordonné l'aménagement d'axes routiers et de camps.
Sylvain Usurpateur romain s'étant arrêté au camp de Cora.
Julien Empereur romain s'étant arrêté au camp de Cora en 356.
Ernest Baudoin Archéologue ayant mené les premières fouilles en 1851.
Marcel Bonneville Archéologue ayant participé aux fouilles de 1852.
Abbé Poulaine Archéologue ayant mené des fouilles à la fin du XIXe siècle.

Origine et histoire du Camp antique de Cora

Le camp antique de Cora, également appelé camp de Cora-Villaucerre, est un site d'occupations successives — Néolithique, âge du bronze, phase Hallstatt puis camp romain — situé près du village de Saint‑Moré dans l'Yonne, en Bourgogne‑Franche‑Comté. La muraille fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1971.

Le toponyme « Cora » est le nom latin de la Cure ; il a parfois été orthographié « Chora » sur la carte d'état‑major du XIXe siècle. Le site est mentionné dans plusieurs documents anciens : la Notice des Dignités de l'Empire (début du Ve siècle) signale la présence d'un détachement de Sarmates, la liste des paroisses dressée par l'évêque Aunaire donne « Coræ‑vicus » et Ammien Marcellin évoque Cora dans ses itinéraires militaires. La colline de Villaucerre porte déjà ce nom sur un plan de 1787.

Le camp se trouve à un kilomètre au sud du bourg de Saint‑Moré, à proximité de la Cure, et s'installe sur un plateau‑éperon calcaire composé de pierres à lit de silex du Callovien. Le plateau culmine à 236 mètres d'altitude et présente un fort relief : il s'abaisse d'environ 25 mètres sur une distance de 400 mètres et est entouré de versants escarpés, l'escarpement oriental surplombant la Cure descendant de près de 110 mètres sur 165 mètres linéaires. Seul le côté nord‑ouest offre un accès plus progressif ; la côte au‑nord, dite « Côte de la Dame », présente une dénivellation d'environ 60 mètres sur 200 mètres.

Le site adopte une forme ovale d'environ 600 mètres de longueur sur 400 mètres de largeur, soit une superficie estimée entre 20 et 25 hectares. Il a connu une première occupation néolithique (Bourguignon/Chasséen), puis un important stationnement à la fin de l'âge du bronze (vers 950–800 avant notre ère) et durant la période Hallstatt, avant de devenir un camp gallo‑romain. Il semble y avoir eu une interruption d'occupation entre la phase Hallstatt et la période romaine. L'abbé Parat a souligné des similitudes entre les vestiges métalliques et céramiques du camp et ceux de la grotte de Nermont, et signale des objets relevant du Hallstatt ou du passage à l'âge du fer.

Après la conquête de la Gaule, Auguste confia à Agrippa l'aménagement d'axes routiers et de camps le long de la Via Agrippa de l'Océan ; le camp de Cora fait partie de ces implantations. Le site aurait servi de halte à Sylvain, usurpateur romain, et l'empereur Julien s'y serait arrêté en 356. Vers l'an 400, l'administration romaine aurait affecté au camp un détachement auxiliaire de Sarmates, qui auraient probablement été assiégés en 407 après le passage des « barbares » par le Rhin gelé le 31 décembre 406. Le camp paraît avoir été détruit lors de l'arrivée des Francs au Ve siècle et, plus tard, a servi de refuge et de poste d'observation pour la population de la vallée de la Cure lors des invasions sarrasines en 732 et normandes en 873.

Le débat sur l'âge des fortifications a opposé plusieurs chercheurs. Victor Petit a proposé une datation mérovingienne ou carolingienne en supposant une fortification rapide d'un site déjà occupé, théorie soutenue en partie par Maurice Prou et reprise sous d'autres formes par Adrien Blanchet. Maximilien Quantin a évolué dans son interprétation au XIXe siècle et Arcisse de Caumont a mis en garde contre une datation exclusive fondée sur le ciment, notant que ce type de mortier a été utilisé entre le Ve et le XIe siècle.

Le camp constitue un « éperon barré » : les défenseurs ont exploité les pentes naturelles pour barrer le seul accès praticable, sur une longueur d'environ 200 mètres. L'entrée était protégée par une muraille bâtie sur un agger long de 200 mètres, haute de trois à sept mètres et épaisse de 2,70 mètres, ponctuée de sept demi‑tours dont la tour principale de huit mètres de diamètre, fondée sur trente centimètres de maçonnerie et maintenue par des remblais. Un chemin situé au pied de la tour principale assurait l'accès au plateau ; en avant, un fossé irrégulier creusé dans la roche, large de 12 à 15 mètres, long de 150 mètres et profond de deux mètres, précède un mur d'un mètre de hauteur en grosses pierres.

Les premières interventions archéologiques datent de 1851, lorsqu'Ernest Baudoin mit au jour des éléments militaires (fer de flèche à douille, carreaux de flèche), deux objets en bronze et des tombes romaines. Des campagnes ultérieures en 1852 par Baudoin et Marcel Bonneville ont révélé des vestiges préhistoriques — poterie d'argile, silex, galets — et un ensemble d'objets comprenant notamment deux os de bois de cerf, un objet en schiste, trois objets en fer, dix‑neuf en bronze, cinq cent quatre‑vingt‑douze vases, trente‑neuf outils, trois cent soixante‑dix‑neuf éclats de silex, dix meules et six cent quarante galets, ainsi que divers restes humains. Des fouilles menées à la fin du XIXe siècle par l'abbé Poulaine ont encore livré couteaux en fer, pointes de javelot et de flèche, médailles en argent et en bronze, ainsi que de nombreuses monnaies romaines (provenant d'époques impériales telles que Trajan, Hadrien et Marc Aurèle), des monnaies gauloises attribuées aux Lingons ou aux Éduens et une monnaie d'argent plus tardive relevant de la période mérovingienne.

Ce texte synthétise les connaissances publiées sur le camp de Cora sans prétendre épuiser l'ensemble des travaux et découvertes menés sur le site.

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