Origine et histoire du Camp celtique
Le camp celtique de la Bure, classé monument historique en 1982, est un site fortifié de type éperon-barré situé à 583 mètres d’altitude, dominant la vallée de la Meurthe de plus de 200 mètres. Occupé intensément aux IIe et Ier siècles av. J.-C. (fin du second âge du fer et période gauloise indépendante), il fut également utilisé durant l’époque romaine (IIe-IVe siècles). Les fouilles (1964-1986) ont révélé des traces d’occupation dès le Néolithique final, ainsi que des artefacts médiévaux comme des tessons de céramique glaçurée verte. Le site, partagé entre Saint-Dié-des-Vosges et Hurbache, abrite des remparts gaulois (murus gallicus) et romains, une nécropole, ainsi que des vestiges d’ateliers de forge, de taille de pierre et de travail du verre.
Les défenses du camp illustrent son rôle stratégique : un rempart gaulois en deux états (IIe et Ier siècles av. J.-C.) combine blocs de grès et poutrage en chêne, tandis qu’un rempart romain (18 mètres de long) est renforcé par un fossé taillé dans le grès. Le plateau (3 hectares) abritait des activités artisanales variées, attestées par 460 kg de scories de forge, 19 coins en fer, et des outils (marteaux, pinces). Les divinités vénérées incluent Baco (dieu gaulois lié au hêtre) et, à l’époque romaine, Mercure (dieu du commerce et des voyageurs) et Jupiter-Taranis, comme en témoignent des stèles et des cavaliers à l’anguipède.
La toponymie du site reflète son histoire complexe : appelé tour à tour « camp des Suédois », « camp des Romains » ou « château des Sarrazins », son nom actuel pourrait dériver des bures (puits miniers ou fours de forge), en lien avec l’exploitation locale du fer et du grès. Les fouilles, initiées par Albert Ronsin (1964) puis dirigées par Georges Tronquart (1966-1986), ont exhumé 346 monnaies gauloises (Leuques, Rèmes, Séquanes), des armes (fers de lance, pointes de flèche), et des stèles funéraires romaines. Une partie du mobilier est exposée au musée Pierre-Noël de Saint-Dié-des-Vosges, où une maquette reconstitue le site.
Le site fut aussi un lieu de culte et de passage : au XVIIIe siècle, une croix « de l’enfant » fut érigée pour conjurer les attaques de loups, reflétant des pratiques superstitieuses locales. Les voies antiques environnantes, comme la route Herbaville-Void ou le pont celtique d’Étival-Clairefontaine, soulignent son rôle dans les échanges entre la plaine de Lorraine et les cols vosgiens. Aujourd’hui, des sentiers pédestres (depuis le col de la Crenée) permettent d’accéder au plateau, où une table d’orientation (1992) offre un panorama à 360° sur les sites voisins (Pierre d’Appel, Haute Pierre, Donon).
Les recherches archéologiques ont révélé une occupation multiforme : forgerons, bronziers, verriers, guerriers, et pèlerins s’y sont croisés. Les carrières de grès, exploitées dès l’époque romaine, fournissaient des dalles pour les constructions locales, tandis que les scories et outils (bigornes, marteaux) confirment une production métallurgique intensive. Le centre du plateau, point culminant, était probablement réservé aux divinités, tandis que la terrasse est servait de nécropole. Parmi les découvertes remarquables figurent des fibules de Nauheim (déchets d’atelier), des bracelets en verre, et des fragments de stèles représentant Mercure ou Jupiter cavalier.
Le camp de la Bure s’inscrit dans un réseau de sites de hauteur du massif des Vosges, comme la Croix Guillaume (Moselle) ou le Donon, où des sanctuaires dédiés à Mercure ont également été identifiés. Son abandon progressif après le IVe siècle coïncide avec le déclin des oppida gallo-romains, bien que des traces d’activités médiévales (céramique glaçurée) suggèrent une fréquentation sporadique. Aujourd’hui, le site, géré par la Société philomatique vosgienne, fait l’objet de projets de mise en valeur, tandis que ses vestiges (remparts, fossés, carrières) restent visibles en forêt, témoignant de près de 2 000 ans d’histoire.