Origine et histoire du Camp de Péran
Le camp de Péran, situé à Plédran dans les Côtes-d'Armor, est un site archéologique majeur couvrant plusieurs périodes, de l'époque gauloise au Moyen Âge. Ses fortifications, partiellement vitrifiées par un incendie, en font un exemple rare d'architecture défensive protohistorique. Le site, classé monument historique en 1875, a été étudié dès le XIXe siècle, avec des fouilles révélant des traces d'occupation gauloise, romaine et viking.
Les premières mentions du site remontent au début du XIXe siècle, sous le nom de Pierres Brûlées. Entre 1820 et 1866, des érudits locaux comme A. Maudet de Penhouët et J. Geslin de Bourgogne y mènent des sondages, mais leurs résultats restent inédits. En 1861, Eugène Viollet-le-Duc émet l'hypothèse que les fortifications datent d'après l'époque romaine, contredisant l'idée d'un oppidum gaulois transformé en fort romain. La découverte d'une voie romaine à proximité (Chemin de Noé) alimente alors les débats sur l'origine du site.
Entre 1983 et 1990, des fouilles bénévoles, puis une campagne dirigée par Jean-Pierre Nicolardot (1991), confirment une occupation continue du site. Les vestiges révèlent quatre phases majeures : gauloise (La Tène), Xe siècle (période viking), XIIIe siècle, et XIXe siècle. Le matériel archéologique, incluant des armes, des outils et un denier viking frappé à York (905–925), atteste d'une présence scandinave. La destruction du rempart, datée par carbone 14 de la première moitié du Xe siècle, coïncide avec les incursions vikings en Bretagne.
Le camp, d'une superficie d'1 hectare, présente cinq structures défensives concentriques : fossés, levées de terre, glacis et un rempart maçonné vitrifié par un incendie violent. L'intérieur abritait des bâtiments domestiques (greniers, silos, écuries) et un puits de 9 m de profondeur. La vitrification des pierres, due à la combustion intense du bois, a valu au site le surnom de château de verre. Bien que l'entrée principale n'ait pas été localisée, le site devait comporter plusieurs accès.
Au XIIIe siècle, un bâtiment pavé de carreaux en terre cuite est construit sur les ruines de l'incendie du Xe siècle, comme en témoignent des monnaies d'Alphonse de Poitiers et du duc Jean Ier de Bretagne. Le folklore local évoque des légendes, comme celle des Moines Rouges cachant un trésor, ou d'un souterrain secret. Aujourd'hui, les artefacts découverts sont conservés au musée de Saint-Brieuc et dans les collections de la DRAC. Le site, propriété conjointe de l'État et de la commune jusqu'en 2008, est désormais géré par le conseil départemental.
Le camp de Péran illustre les échanges culturels en Bretagne durant le haut Moyen Âge, notamment avec les Vikings. Sa postérité inclut une représentation dans la bande dessinée Vikings, Rois des Mers, soulignant son importance patrimoniale et historique.