Origine et histoire du Mémorial de l'internement et de la déportation
Le camp de Royallieu, situé à Compiègne (Oise), fut initialement construit en 1913 comme caserne militaire. Pendant la Première Guerre mondiale, il servit d’hôpital militaire, puis abritera entre les deux guerres le 54e et le 67e régiment d'infanterie. Ce site devint un symbole tragique lors de la Seconde Guerre mondiale, transformé en Frontstalag 122 par les nazis dès juin 1941, sous administration exclusive allemande (SD).
De 1941 à 1944, Royallieu devint un camp de concentration permanent pour « éléments ennemis actifs », servant de réserve d’otages : résistants, militants politiques, syndicalistes, Tziganes (Sinté, Manouches), Juifs et civils raflés. Plus de 54 000 personnes y furent internées, dont 50 000 déportées vers des camps d’extermination comme Auschwitz, Ravensbrück ou Mauthausen. Le camp se distingua par des conditions d’internement mortelles, notamment dans le « camp C », section secrète réservée aux Juifs, où la faim et les maladies décimaient les détenus.
Royallieu joua un rôle central dans la Solution finale et la répression nazie en France. Le 27 mars 1942, le premier convoi de Juifs quitta Compiègne pour Auschwitz, marquant le début des déportations massives depuis la France. Le camp fut aussi le point de départ de l’« Aktion Meerschaum » (1943), visant à déporter 35 000 hommes valides vers les camps de travail. Parmi les 30 convois partis de Royallieu, certains transportèrent des personnalités-otages (généraux, préfets) ou des résistantes, comme le convoi des 31000 (24 janvier 1943) vers Sachsenhausen et Auschwitz.
Après la guerre, le site devint un centre d’instruction de l’Armée de l’Air (années 1950-1990), puis abritera des régiments de transmissions. En 2008, un Mémorial de l’internement et de la déportation fut inauguré dans les bâtiments conservés, accompagnés de deux wagons d’époque près de la gare. Ce lieu de mémoire honore les victimes et documente l’histoire du camp, aujourd’hui classé parmi les sites majeurs de la mémoire de la Shoah et de la Résistance en France.
Les archives révèlent l’ampleur des souffrances endurées à Royallieu, où des enfants tsiganes comme Eugène Fauveau (6 ans) furent internés comme « politiques ». Les convois, comme celui du 2 juillet 1944 (dit « Train de la mort »), illustrent la barbarie nazie : sur 2 162 déportés vers Dachau, 530 moururent pendant le trajet. La libération de Compiègne en août 1944 mit fin à ce chapitre sombre, mais le dernier convoi, détourné par une révolte de déportés près de Péronne, symbolise leur résistance jusqu’au bout.