Origine et histoire
Le canal de Berry, initialement nommé « canal du Cher » puis « canal du duc de Berry », fut construit entre 1808 et 1840 sous la direction de l’ingénieur Joseph-Michel Dutens. Long de 320 km à l’origine, il reliait Montluçon à Tours via trois branches convergeant à Fontblisse (Cher), avec 97 écluses et un gabarit réduit inspiré des canaux anglais. Utilisé jusqu’en 1945, il fut déclassé en 1955 et cédé aux communes riveraines.
Le projet remontait au XVe siècle, évoqué dès 1484 aux états généraux de Tours, puis étudié par Sully (1595) et Colbert (1606). Au XVIIIe siècle, plusieurs propositions (Béthune-Charost, Marivetz) échouèrent faute de financement. Le décret impérial de 1807 relança l’idée pour désenclaver le Berry, notamment pour transporter bois, charbon et minerai de fer. Dutens opta pour un canal latéral au Cher, moins vulnérable aux crues, malgré un gabarit limité (2,70 m de large).
La construction mobilisa des prisonniers espagnols et s’accompagna de plantations de 190 000 arbres (peupliers, ormes) pour signaler les ouvrages. Le canal fut achevé en 1840, avec trois branches : sud (Montluçon-Fontblisse, 69 km), nord-est (Fontblisse-Bec d’Allier, 49 km) et nord-ouest (Fontblisse-Noyers-sur-Cher, 142 km). Son apogée (1873-1920) vit transiter 570 000 tonnes de marchandises annuelles, via des péniches « berrichonnes » adaptées à son gabarit étroit.
Déclassé en 1955, le canal fut en partie comblé ou abandonné, bien que des sections subsistent en eau. Depuis 1996, l’association ARECABE milite pour sa réouverture. Aujourd’hui, 12 km sont navigables entre Selles-sur-Cher et Noyers-sur-Cher, et une voie verte de 125 km (2025) longe la branche sud. Le canal compte aussi des ouvrages remarquables, comme les ponts-canaux de La Tranchasse (inscrits aux monuments historiques en 2009) ou les réservoirs de Goule et Pirot.
Son patrimoine inclut des ponts-levis, des écluses doubles (comme à La Queugne) et des sites industriels liés à son histoire, tels les ports de Bourges ou Vierzon. Malgré son déclin, il reste un témoignage de l’ingénierie fluviale du XIXe siècle et un enjeu de tourisme durable, avec des projets de véloroute (Cœur de France V46) reliant Montluçon, Bourges et Tours.