Origine et histoire du Canal
Le canal Saint-Martin, long de 4,55 km, a été conçu au début du XIXe siècle pour répondre aux besoins croissants en eau potable de Paris, alors confrontée à des épidémies liées à la pollution de la Seine et de la Bièvre. Le projet, initié sous Napoléon Bonaparte en 1802, reprend une idée ancienne de canalisation de l’Ourcq, une rivière située à une centaine de kilomètres au nord-est. La construction, retardée par les guerres napoléoniennes, est relancée sous Louis XVIII et confiée à l’ingénieur Pierre-Simon Girard. La Compagnie des Canaux de Paris, créée en 1818, remporte l’adjudication en 1821, et les travaux débutent en 1822. Le canal est finalement inauguré par Charles X le 4 novembre 1825, devenant un maillon essentiel du réseau hydraulique parisien.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous l’impulsion du préfet Haussmann, le canal est partiellement recouvert pour faciliter la circulation terrestre et militaire dans les quartiers populaires du nord-est de Paris. Entre 1860 et 1862, des voûtes sont construites au niveau des boulevards Richard-Lenoir et de la Bastille, tandis que le niveau du canal est abaissé de 5,5 m pour permettre la navigation sous ces nouvelles structures. En 1866, un décret impérial autorise le puisage d’eau dans la Marne pour maintenir le débit du canal, avec la construction d’usines élévatoires à Villers-lès-Rigault et Trilbardou. À son apogée, entre le XIXe siècle et le milieu du XXe, le canal assure le transport de marchandises, de céréales et de matériaux, faisant du bassin de la Villette le 4e port français en 1882.
Au XXe siècle, le canal connaît un déclin progressif avec la concurrence du transport routier et ferroviaire, entraînant la fermeture d’usines et d’entrepôts riverains. Dans les années 1960, un projet d’autoroute urbaine menace même son existence, avant d’être abandonné en 1971. Classé monument historique en 1993, le canal devient un lieu de promenade et de loisirs, tout en restant un symbole des transformations sociales de Paris, comme en témoignent les vagues de gentrification des quartiers environnants depuis les années 2000. Aujourd’hui, il accueille croisières touristiques, pique-niques et une faune variée, tout en conservant son rôle dans la mémoire collective, notamment à travers le cinéma et la littérature.
Le canal Saint-Martin est également marqué par des enjeux contemporains, comme l’installation de réfugiés depuis 2006, principalement originaires d’Afghanistan et d’Asie centrale. Ces camps précaires, souvent démantelés, soulèvent des questions sur les politiques d’accueil et les droits des demandeurs d’asile. Parallèlement, le canal reste un espace culturel majeur, inspiré des artistes comme Alfred Sisley, Marcel Carné ou Jean-Pierre Jeunet, et un lieu de biodiversité avec 303 espèces végétales et 90 espèces d’oiseaux recensées.
Sur le plan technique, le canal nécessite des opérations régulières de maintenance, comme les vidanges et nettoyages des écluses, à l’image des travaux menés en 2016. Ces interventions permettent de préserver ses infrastructures, tout en révélant parfois des défis structurels, comme la dissolution du gypse sous le bassin Louis-Blanc, laissant le canal reposer sur un vide. Malgré ces défis, le canal Saint-Martin demeure un patrimoine vivant, à la fois témoin de l’histoire industrielle de Paris et espace de vie contemporain.