Origine et histoire des Meulières
Les meulières du Mont Vouan sont un vaste ensemble de carrières dédiées à l'extraction de meules, situées principalement sur les versants du mont de Vouan (978 m) et des Voirons, en Haute-Savoie. Ces carrières, creusées dans un conglomérat gréseux daté de l'Éocène, ont été exploitées pour leur pierre homogène, idéale pour fabriquer des meules à grains. Leur exploitation s’étend du Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle, avec une production estimée à plus de 100 000 meules, équivalant économiquement à une ressource aussi précieuse que l’or pour les habitants locaux.
La géologie du site, caractérisée par des bancs de grès inclinés vers le sud-est, a permis de creuser des chambres de taille profondes, parfois triangulaires comme celle de la Grand'Gueule. Quatre carrières majeures ont fait l’objet de fouilles archéologiques : la Grand'Gueule (Moyen Âge, abandonnée aux XVe–XVIe siècles), la meulière des 73 mètres (active jusqu’au XVIIIe siècle), la Molière à Vachat (abandonnée fin XIXe siècle), et la Molière de la Corbière (active dès le XIIIe siècle). Ces recherches, menées en 2010–2011 par des équipes de l’université de Grenoble et du CNRS, ont révélé 72 carrières, faisant du Mont Vouan la plus grande meulière du sud-est de la France.
Le site, autrefois situé dans l’ancienne province du Faucigny (duché de Savoie), était une source majeure de richesses. Une meule valait alors le prix d’une maison, illustrant l’importance économique de cette activité. Aujourd’hui, plusieurs carrières, comme la Grand'Gueule et la Molière à Vachat, sont classées monuments historiques depuis 2009 et ouvertes au public. Leur préservation permet de découvrir l’histoire du travail, du pain et de la vie quotidienne des ouvriers, tout en perpétuant des légendes locales, comme celle de la gouille aux morts, étang où un meulier se noya un soir de Noël.
Les carrières sont réparties sur les communes de Viuz-en-Sallaz, Fillinges et Saint-André-de-Boëge. Leur exploitation a marqué le paysage et l’économie régionale, avec des traces d’outils, des marques de taille et, dans la meulière de Saint-André, des gravures religieuses rares en Europe. Ces éléments témoignent d’une organisation industrielle complexe, combinant savoir-faire technique et croyances populaires, dans un contexte géologique et historique unique.