Origine et histoire du Casino de la Faïencerie
Le Casino de la Faïencerie, construit pour le personnel des faïenceries de Sarreguemines sous l'impulsion de Paul de Geiger, illustre l'engagement social de la direction de l'usine. Paul de Geiger dirigea l'entreprise d'octobre 1871 à 1913 et développa l'activité jusqu'à en faire, en 1907, l'une des plus importantes manufactures d'Europe, employant 3 250 personnes. Pour accueillir une partie du personnel exilé après la guerre de 1870, il créa les usines de Digoin (1877) et de Vitry-le-François (1881) et entreprit des réalisations sociales : l'Institution Saint-Paul, des équipements collectifs, une cité ouvrière et le bâtiment appelé d'abord "La Réunion". Le terme « casino » ici reprend le sens allemand Kasino, désignant un lieu de réunion et de convivialité réservé au personnel, appellation héritée du statut de la Moselle après le traité de Francfort de 1871.
Le premier bâtiment du Casino fut élevé en 1878 sur la rive droite de la Sarre, à proximité de l'usine ; il accueillait alors une bibliothèque, des salles de jeux et des installations de gymnastique. En 1880, Paul de Geiger fit édifier au nord du domaine un pavillon à ses armes, percé d'une large entrée cochère qui marque encore l'accès à l'espace de loisirs. Les locaux s'avérant trop exigus, une construction d'adjonction fut réalisée en 1890 et abrita une grande salle de concert et de danse qui accueillait notamment la fête annuelle de l'entreprise, le 29 juin, après un cortège dans les rues de la ville, ainsi que la remise des cadeaux de Noël aux enfants des ouvriers.
Un incendie, le 28 janvier 1959, ravagea l'aile de 1878 ; celle-ci dut être reconstruite. Les bâtiments furent utilisés comme restaurant d'entreprise, puis, durant la fin des années 1960, une cantine y fonctionna pour les ouvriers et leurs invités, un bar ayant également existé pendant les années de pleine activité. La commune racheta l'ensemble en 1979. Restructuré à partir d'un projet élaboré en 1983, le Casino est devenu un centre de congrès ; si les intérieurs ne conservent qu'une partie limitée des structures anciennes, l'aile de 1878 a retrouvé l'esprit du colombage qui ornait l'étage avant l'incendie, et la galerie de l'aile de 1890 a reçu un nouveau décor mural en faïence. Le kiosque à musique proche, datant des années 1900, a été épargné par le sinistre.
Les façades et certains décors furent largement réalisés par la manufacture elle-même : la façade occidentale fut ornée par le peintre Alexandre Sandier d'une allégorie de la faïencerie, associant motifs décoratifs et références aux matières premières et aux productions locales. Sur le plan stylistique, l'ensemble témoigne d'influences variées : le bâtiment principal de 1878 est néo-classique teinté d'éclectisme régionaliste, le pavillon de Geiger de 1880 renvoie à l'éclectisme français du XVIIe siècle, et le grand corps de 1890 puise dans l'éclectisme germanique de la même époque tout en intégrant des traits de l'architecture balnéaire.