Origine et histoire
Le Casino mauresque d'Arcachon fut construit en 1863 par l'architecte Paul Régnauld dans le cadre du projet immobilier des frères Pereire, visant à attirer une clientèle aisée vers la station balnéaire naissante. Inspiré de l’Alhambra de Grenade et de la mosquée de Cordoue, il devint un haut lieu de divertissement pour la bourgeoisie, avec salles de jeux, spectacles et jardins paysagers conçus par Frusique et Claverie. Son architecture éclectique, ses coupoles en bulbe et ses décors intérieurs somptueux en firent un symbole de la Ville d’Hiver, accessible par un funiculaire puis un ascenseur encore visible aujourd’hui.
Durant la Première Guerre mondiale, le casino fut réquisitionné comme hôpital militaire temporaire, marquant un tournant dans son histoire. Malgré son succès initial, il connut des difficultés financières, notamment après l’ouverture du Casino de la plage en 1903, entraînant plusieurs faillites. La municipalité d’Arcachon en devint propriétaire en 1879, mais ne parvint pas à assurer sa pérennité. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut à nouveau réquisitionné, avant d’être définitivement abandonné dans les années 1970.
Le 18 janvier 1977, un incendie d’origine suspecte – officiellement attribué à un court-circuit, bien que les archives manquent – détruisit entièrement le bâtiment. La municipalité, qui avait refusé de le classer monument historique et projetait d’y construire un palais des congrès, fit raser les ruines peu après. Aujourd’hui, une pinasse et une maquette dans le parc, transformé en arboretum en 1992, rappellent son emplacement. Son héritage architectural perdure cependant, comme en témoigne la villa Mazagan à Labouheyre, inspirée de son style mauresque.
Le casino illustrait l’ambition des frères Pereire de faire d’Arcachon une destination luxueuse, combinant thermalisme, villégiature et divertissements. Son parc, doté d’un kiosque à musique et d’un théâtre de verdure, accueillait des spectacles pour enfants et des animations comme les échassiers landais de Sylvain Dornon. Les 80 lustres de cristal, l’escalier central (remplacé plus tard par des escaliers latéraux), et les œuvres du sculpteur Claude Bouscau – encore visibles près de l’ascenseur – soulignaient son faste. Malgré sa fin tragique, il reste un symbole de l’âge d’or des stations balnéaires françaises.
La construction du casino s’inscrivait dans une stratégie plus large de développement touristique, portée par la Compagnie des chemins de fer du Midi. Les villas luxueuses de la Ville d’Hiver, destinées à une clientèle internationale fortunée, nécessitaient des lieux de distraction à la hauteur de leurs attentes. Le choix d’une architecture mauresque, exotique et raffinée, reflétait cette volonté de séduction, tout en s’intégrant au paysage dunaire d’Arcachon. Les entrepreneurs bordelais, comme Salesses (chargé de la construction) et son fils (décorateur intérieur), jouèrent un rôle clé dans sa réalisation.
Après sa destruction, le site fut réaménagé en espace vert, conservant quelques traces de son passé, comme les sculptures de Bouscau ou la maquette exposée dans l’ascenseur. Les débats autour de sa disparition – entre négligence, spéculation immobilière et perte patrimoniale – continuent d’alimenter les discussions sur la préservation du patrimoine balnéaire. Des ouvrages, comme ceux de Michel Boyé ou Maurice Culot, ainsi que des archives photographiques, perpétuent sa mémoire, tandis que des villas inspirées de son style témoignent de son influence durable.