Origine et histoire du Castillet de Perpignan
Le Castillet, ou Castellet en catalan, est un monument historique de Perpignan ayant servi de porte de ville, de forteresse défensive et de prison d'État. Construit en trois phases distinctes, il se compose du Grand Castillet (1368), de la porte Notre-Dame ou Petit Castillet (1481-1485), et d’un bastion polygonal (1542). Son architecture militaire unique, mêlant influences mauresques et médiévales, en fait un symbole de la ville. Il est aujourd’hui classé Monument Historique et abrite le Musée catalan des arts et traditions populaires, appelé Casa Pairal.
Le Grand Castillet fut érigé en 1368 sous l’ordre de l’Infant Jean d’Aragon par le maître d’œuvre Guillaume Gatard, pour remplacer l’ancienne porte du Vernet et renforcer les défenses de la ville. Conçu comme un château fort, il intégrait un pont-levis et des murs épais de 3,5 mètres à la base. Après l’occupation éphémère du Roussillon par Louis XI, le Castillet perdit son rôle défensif et fut transformé en prison d’État, avec des fenêtres grillagées et des cachots aménagés dans ses sous-sols.
En 1478, le Petit Castillet fut accolé au Grand Castillet pour maintenir une issue vers le faubourg du Vernet, alors que la ville était sous domination française. Ce nouvel élément, appelé Portal de Nostra Dona del Pont, s’harmonisa avec l’architecture aragonaise existante. En 1542, Charles Quint fit ajouter un bastion polygonal devant le Grand Castillet, utilisant les matériaux de la chapelle Notre-Dame du Pont, démolie pour des raisons stratégiques. Une statue de la Vierge, initialement placée dans cette chapelle, fut ensuite intégrée à la façade du Castillet.
Au XVIIe siècle, Vauban renforce le bastion et remet le Castillet en état de défense, tandis qu’un Corps de garde est construit côté sud (démoli en 1843). En 1904, une grande partie des remparts de Perpignan est détruite, isolant le Castillet. Au XXe siècle, il abritera successivement les archives municipales, puis, à partir de 1963, le Musée catalan des arts et traditions populaires. Son histoire inclut aussi une énigme macabre : en 1948, le squelette d’un enfant, datant probablement de la fin du XIXe siècle, fut découvert dans un réduit du Petit Castillet, sans que son identité ne soit jamais élucidée.
Le Castillet illustre les évolutions architecturales et politiques de Perpignan, marquée par les changements de domination entre l’Aragon, la France et l’Espagne. Son style, combinant briques, galets et éléments gothiques ou mauresques, reflète les influences culturelles de la région. Classé Monument Historique en 1889, il reste un témoignage majeur de l’histoire militaire et carcérale du Roussillon, tout en jouant aujourd’hui un rôle culturel à travers son musée ethnographique.