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Castrum d'Andone à Villejoubert en Charente

Patrimoine classé
Forteresse

Castrum d'Andone à Villejoubert

    D114
    16560 Villejoubert
Propriété privée
Castrum dAndone à Villejoubert
Castrum dAndone à Villejoubert
Castrum dAndone à Villejoubert
Castrum dAndone à Villejoubert
Crédit photo : Jack ma - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Haut Moyen Âge
Moyen Âge central
Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1000
1100
1900
2000
975–988
Conflit Arnaud Manzer vs Hugues de Jarnac
1020–1028
Abandon du site
milieu Xe siècle
Fondation du castrum
1971–1995
Fouilles d’André Debord
13 août 1986
Classement Monument Historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Castrum d'Andonne (cad. C 293) : classement par arrêté du 13 août 1986

Personnages clés

Arnaud Manzer - Comte d’Angoulême (975–988) Commanditaire du castrum pendant son conflit avec l’évêque.
Guillaume IV - Comte d’Angoulême (988–1028) Ordonna l’abandon d’Andone pour Montignac.
André Debord - Archéologue (1932–1996) Dirigea les fouilles du site pendant 24 ans.
Luc Bourgeois - Archéologue médiévaliste Poursuivit les fouilles et publia les résultats.

Origine et histoire

Le castrum d'Andone est un site fortifié carolingien occupé entre le milieu du Xe siècle et le premier quart du XIe siècle, situé à Villejoubert (Charente), en limite de la forêt de Boixe. Fondé par la famille comtale d’Angoulême, apparentée aux Carolingiens, il servit de résidence stratégique pendant les conflits entre le comte Arnaud Manzer (975–988) et l’évêque Hugues de Jarnac. Son implantation permettait de contrôler la voie d’Agrippa, l’abbaye de Saint-Amant et les ressources forestières environnantes.

Le site fut abandonné entre 1020 et 1028, lorsque le comte Guillaume IV et l’évêque transférèrent la résidence comtale à Montignac, près de la Charente. L’abbaye Saint-Amant fut également déplacée, scellant le déclin d’Andone. Les pierres du castrum furent réutilisées pour construire des édifices locaux, comme l’abbaye de Saint-Amant-de-Boixe ou le château de la Barre. Au XVe siècle, l’emprise de la forteresse fut convertie en garenne à lapins par les seigneurs de la Motte d’Andone.

Les fouilles archéologiques, menées par André Debord (1971–1995) puis Luc Bourgeois (2004–2005), ont révélé une enceinte ovale maçonnée de 2 mètres d’épaisseur, avec des bâtiments en pierre adossés à la courtine. Le complexe résidentiel, organisé autour d’une aula (salle de réception vitrée), préfigure les donjons médiévaux. Le mobilier exhumé — plus de 400 000 pièces — inclut des fers à cheval, des armes de chasse, des jeux (échecs, trictrac), et des objets d’origine lointaine (vaisselle islamique, perles anglaises), témoignant du statut aristocratique des occupants.

Le site a livré des indices sur la vie quotidienne au Xe siècle : alimentation carnée (porc, cerf, paon), artisanat (forge, travail du bois de cerf), et hygiène précaire. Une tombe collective, découverte à 100 mètres du castrum, contenait quatre hommes tués par des armes tranchantes, suggérant un épisode violent non documenté. Classé Monument Historique en 1986, le site est aujourd’hui envahi par la végétation, bien que ses collections soient conservées au musée d’Angoulême.

Andone illustre la genèse des châteaux médiévaux, entre résidences carolingiennes ouvertes et forteresses féodales. Son abandon rapide en fait un « instantané » archéologique rare, préservant des traces uniques de la société laïque angoumoisine autour de l’an mil. Les fouilles ont aussi révélé une nécropole de l’âge du Fer et un établissement rural gallo-romain (Ier–IVe siècle), antérieurs à la forteresse.

Le trésor archéologique, donné au musée d’Angoulême, comprend des pièces d’échecs parmi les plus anciennes d’Occident, des fers orthopédiques pour chevaux (premiers connus en Europe), et une coupe proche-orientale imitant le céladon chinois. Ces objets soulignent les réseaux d’échange des comtes d’Angoulême, de l’espace germanique au monde islamique.

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