Origine et histoire de la Cathédrale de Nebbio
La cathédrale Sainte-Marie de Nebbio, située à Saint-Florent en Haute-Corse, fut construite au XIIIe siècle sur l’emplacement d’une ancienne basilique paléochrétienne. Elle devint le siège du diocèse de Nebbio jusqu’à sa suppression en 1789, date de son rattachement au diocèse d’Ajaccio. Depuis 2002, elle abrite l’évêché titulaire de Nebbio. Son architecture romane pisane, typique de la période de domination pisane en Corse (à partir du XIe siècle), se caractérise par des arcatures élaborées, une abside semi-circulaire et un appareillage en calcaire blanc soigneusement taillé. La façade occidentale, ornée de deux étages d’arcatures et de chapiteaux sculptés, reflète son importance médiévale.
L’histoire de Nebbio remonte au moins au XIIe siècle, bien que des documents de 1138 et 1145 l’évoquent indirectement. En 817, la cité, alors occupée par les Sarrasins, fut reprise par les chrétiens après une bataille navale dans le golfe de Saint-Florent, menée par le comte Ugo et le comte de Barcelone. Les Maures convertis au christianisme y bâtirent une église dédiée à Sainte-Marie, selon les chroniques de Giovanni della Grossa. Le diocèse de Nebbio couvrait cinq pièves (Canari, Nonza, Patrimonio, San Quilico, Santo Pietro) et ses évêques, portant le titre de comtes, cumulaient pouvoirs spirituels et temporels, symbolisés par des armes sur l’autel.
La cathédrale abrite les reliques de saint Flor, soldat romain martyrisé au IIIe siècle, dont la châsse est célébrée tous les trois ans lors d’une procession solennelle depuis le XVIIIe siècle. Classée monument historique dès 1840, l’église se distingue par son absence de clocher et ses éléments défensifs, comme des fenêtres-meurtrières et des trous de boulins. Prosper Mérimée nota en 1840 une légende locale selon laquelle trois trous dans le mur nord exhaleraient une odeur de violette le jour de sainte Flore, bien qu’il n’en perçut aucune. L’intérieur, sobre et non voûté, conserve une charpente apparente et des teghje (lauzes) en couverture.
L’édifice recèle quatre œuvres classées, dont un tableau de La Vierge à l’Enfant (XVIIe siècle) et une statue de saint Roch (XVIIIe siècle). Son plan, similaire à celui de la Canonica, comprend une nef centrale flanquée de bas-côtés et une abside orientée à l’est. Les façades latérales, percées de meurtrières, et l’abside ornée d’arcatures sur colonnes cylindriques, soulignent son double rôle religieux et défensif. La cathédrale illustre ainsi l’héritage pisano-corse, mêlant influence italienne et traditions locales.
Le Nebbio, à la fois diocèse et province génoise, avait des frontières distinctes selon son statut. Les évêques, tels des seigneurs temporels, portaient l’épée en assemblée et conservaient des pistolets sur l’autel lors des messes. Une cloche datant de 700, découverte dans l’ancien campanile, témoignerait de la domination lombarde, bien que son authenticité reste débattue. Aujourd’hui, la cathédrale reste un symbole identitaire, lié aux fêtes traditionnelles en l’honneur de saint Flor, attirant pèlerins et visiteurs lors des célébrations triennales.