Origine et histoire de la Cathédrale de Strasbourg
La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, édifiée à partir de 1015 sur les vestiges d’une précédente cathédrale, est reconstruite en style gothique entre 1220 et 1365 sous l’impulsion de la ville impériale libre de Strasbourg, riche république marchande. Son clocher unique, surmonté d’une flèche ajoutée en 1439, culmine à 142 mètres, faisant d’elle l’édifice le plus haut du monde entre 1647 et 1874. Elle incarne à la fois un symbole religieux, avec son dédicace à la Vierge Marie, et un emblème politique, reflétant l’indépendance de Strasbourg face à son évêque.
La construction de la cathédrale s’étale sur plusieurs siècles, marquée par des transitions stylistiques majeures. Fondée en style roman sous l’évêque Werner (1015–1180), elle adopte progressivement le gothique après l’incendie de 1176, sous l’influence des maîtres d’œuvre franciliens. Le massif occidental, débuté en 1277, et la flèche, achevée en 1439 par Ulrich d'Ensingen et Jean Hültz, illustrent cette évolution. La cathédrale reste enchâssée dans son environnement urbain médiéval, sans dégagement moderne, préservant ainsi son intégration historique.
Au fil des siècles, la cathédrale subit les bouleversements religieux et politiques. Devenue protestante en 1527, elle est partiellement restaurée dans son culte catholique après l’annexion française de 1681, avec des ajouts baroques comme un baldaquin royal. La Révolution française la transforme en Temple de la Raison (1793), avec un bonnet phrygien géant coiffant sa flèche jusqu’en 1802. Les conflits du XIXe et XXe siècles (siège de 1870, bombardements de 1944) endommagent l’édifice, nécessitant des restaurations successives, dont celle de la flèche et des vitraux.
L’architecture de la cathédrale allie innovation et symbolisme. Sa façade, ornée de trois portails sculptés (Vie du Christ, Enfance du Christ, Jugement dernier), et sa rosace de 13,6 mètres de diamètre, témoignent d’une maîtrise technique exceptionnelle. À l’intérieur, le pilier des Anges (XIIIe siècle), les vitraux médiévaux, et l’horloge astronomique (XVIe siècle) – considérée comme une merveille de l’Allemagne – soulignent son rôle à la fois spirituel et scientifique. La flèche, conçue comme un symbole de la république strasbourgeoise, domine la plaine d’Alsace et reste visible depuis les Vosges.
La cathédrale abrite un mobilier liturgique remarquable, dont les stalles du chœur (1692), la chaire gothique flamboyante de Hans Hammer (1485), et les fonts baptismaux heptagonaux (1453), symbolisant les dimensions physiques et spirituelles de l’homme. Ses orgues, dont le grand orgue Silbermann (1716) reconstruit au XXe siècle, et ses tapisseries du XVIIe siècle (vie de la Vierge) enrichissent son patrimoine. Gérée par la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame depuis 1224, elle reste un lieu de culte actif, accueillant 4 millions de visiteurs annuels.
Symbole des tensions franco-allemandes, la cathédrale est instrumentalisée comme emblème national par les deux pays. Après 1870, la propagande française en fait un martyr de la « barbarie prussienne », tandis que l’Allemagne la présente comme un chef-d’œuvre du « génie germanique ». Libérée en 1944 par les troupes du général Leclerc, sa flèche est à nouveau ornée du drapeau tricolore, scellant son statut de monument de réconciliation et de mémoire collective.