Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre-Dame-du-Réal d'Embrun, située dans les Hautes-Alpes, fut le siège de l’archidiocèse d’Embrun pendant six siècles, jouant un rôle clé comme étape transalpine entre la France et l’Italie. Consacrée à la Vierge, elle était surnommée Notre-Dame-des-Rois et abritait une fresque vénérée de l’Adoration des Rois Mages, détruite en 1585 par les protestants. Son architecture, inspirée de la tradition lombarde, mélange styles roman et gothique (1170-1225), avec un protiro orné de lions stylophores et un clocher à pyramidions.
Classée monument historique dès 1840, la cathédrale fut construite grâce aux revenus des mines d’argent de l’Argentière et aux droits impériaux accordés par Conrad III en 1151. Elle symbolisait la puissance de l’archevêché, prince d’Embrun depuis le XIIIe siècle. Son trésor, l’un des plus riches de France avant son pillage au XVIe siècle, comprenait des orgues offertes par Louis XI (1463), un retable du XVIIe siècle, et des fonts baptismaux du XIe siècle. La fresque miraculeuse, aujourd’hui disparue, recouvrait un tympan représentant un Tétramorphe.
L’édifice fut restauré à plusieurs reprises, notamment après les saccages des Lombards (570-575), des Sarrasins (916-926), et des protestants. Les archevêques, comme saint Marcellin (fondateur de l’évêché en 365) ou saint Ismide (restaurateur au XIe siècle), marquèrent son histoire. Depuis 1629, le titre honorifique de proto-chanoine est attribué au chef de l’État français, dernier en date étant le général de Gaulle. Le grand orgue, classé monument historique, date de 1463 et fut remanié aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Embrun, ancienne Eburodunum romaine, était une cité stratégique sur la voie reliant l’Italie à l’Espagne via le col du Montgenèvre. Capitale des Caturiges, elle devint métropole ecclésiastique des Alpes-Maritimes sous Néron. Grégoire de Tours évoque une basilique élevée sur le tombeau des saints Nazaire et Celse, tandis que les textes médiévaux soulignent son rôle de lien entre la papauté et les Alpes. La cathédrale, avec ses schistes noirs et calcaires blancs, reste un joyau de l’art alpin.
Le trésor, exposé dans la chapelle Sainte-Anne, rassemble des vêtements liturgiques brodés d’or (XVe-XIXe siècles), des peintures, et des pièces d’orfèvrerie. Parmi les éléments remarquables figurent la chaise à porteurs des archevêques (XVIIIe siècle), la rosace du XVe siècle, et les stalles du chœur (XVe-XVIe). Les vitraux, mosaïques et autels en marbre polychrome témoignent de sa richesse passée, malgré les pillages subis.
Aujourd’hui rattachée au diocèse de Gap et Embrun, la cathédrale conserve son statut de monument emblématique des Alpes françaises. Son protiro lombard, ses orgues historiques, et son mélange de styles en font un témoignage unique de l’histoire religieuse et politique de la région, entre influence romaine, lombarde, et française.