Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre-Dame d'Évreux, édifiée à partir du XIIIe siècle sur les vestiges d’une église romane consacrée en 1077, incarne une synthèse architecturale unique. L’édifice actuel mêle gothique rayonnant (nef, chœur), flamboyant (transept nord) et Renaissance (portail occidental), reflétant des siècles de reconstructions après incendies et guerres. Ses vitraux au jaune d’argent (XIVe siècle), comparables à ceux de Saint-Ouen de Rouen, et ses treize chapelles rayonnantes aux clôtures sculptées (XVe–XVIIe siècles) témoignent de son prestige artistique.
Les origines remontent au IVe siècle avec l’érection du diocèse d’Évreux. Une légende rapportée par le moine Déodat (XIe siècle) attribue à saint Taurin la christianisation d’un temple païen sur le site. Des fouilles ont révélé des vestiges gallo-romains (colonnes, chapiteau corinthien) et une fenestella confessionnis du VIIe siècle, prouvant une occupation religieuse ancienne. La cathédrale romane, reconstruite après l’incendie de 1119 par Henri Ier d’Angleterre, fut à nouveau détruite en 1198 lors des conflits franco-normands.
La reconstruction gothique débuta vers 1220 sous l’impulsion de l’évêque Robert de Roye, avec des apports majeurs comme le triforium (1225–1230) et le chevet à déambulatoire. Le maître-d’œuvre Gauthier de Varinfroy (attesté en 1253) joua un rôle clé dans la définition du chœur, achevé avant 1310. Les chapelles latérales, ajoutées entre le XIIIe et XIVe siècles, abritent des retables Renaissance et des vitraux restaurés après les bombardements de 1940. La tour-lanterne, symbole de la cathédrale, domine la ville depuis le Moyen Âge.
La Révolution française causa des destructions majeures : le tympan fut saccagé, et 56 statues du XVIe siècle, brisées, servirent à construire un pont. Classée dès 1862, la cathédrale bénéficia de restaurations au XIXe siècle sous Viollet-le-Duc, puis après 1940 pour réparer les dégâts de guerre. Ses matériaux, une craie locale et une pierre de Vernon (Coniacien), lui confèrent une blancheur caractéristique. Aujourd’hui, elle abrite un orgue Quoirin (2006) et des stalles du XIVe siècle offertes par Charles le Mauvais.
Les vitraux, démontés pendant la Seconde Guerre mondiale et restaurés par Jean-Jacques Gruber (à partir de 1953), illustrent des scènes bibliques et des donateurs. La chapelle de la Mère de Dieu (1461–1470), commandée par l’évêque Jean de la Balue, commémore le sacre de Louis XI. Le chœur, couvert d’ogives, et la nef sur arcades romanes créent un contraste stylistique remarquable, souligné par un éclairage étudié pour mêler lumière et ombre.
La cathédrale reste un symbole religieux et patrimonial, lié à l’histoire normande. Ses transformations reflètent les bouleversements politiques (guerre de Cent Ans, rattachement à la France en 1199) et artistiques, tandis que ses cloches, fondues en 1967, perpétuent sa fonction liturgique. Les archives et fouilles continues (XIXe–XXe siècles) enrichissent la connaissance de ses phases romanes et médiévales, souvent obscurcies par les reconstructions ultérieures.