Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption
La cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Senez, située dans les Alpes-de-Haute-Provence, fut édifiée à partir de mai 1176 sur l’emplacement d’églises antérieures, dans un style roman provençal influencé par l’art antique. Sa construction débuta par l’abside, suivie au XIIIe siècle par la nef, avant une consécration solennelle le 22 octobre 1246 par l’évêque Guillaume III. Le portail, ajouté au XIVe siècle, fut endommagé dès 1569 lors des guerres de Religion, lorsque les protestants d’Antoine de Mauvans détruisirent colonnettes, cloître et mobilier, incendiant même le trésor dans la nef.
Après ces saccages, l’évêque Jean III de Clausse de Monchy (1561-1587) lança des réparations dès 1572, incluant une charpente protectrice contre les infiltrations. D’autres travaux majeurs eurent lieu en 1684 (renforcement des murs, contreforts) et en 1713 (reconstruction du clocher). Le 4 juillet 1835, l’effondrement partiel des voûtes nécessita une restauration dirigée par l’architecte Rossi (1837-1839), bien que critiquée ultérieurement. Classée Monument Historique en 1910, la cathédrale abrite un mobilier remarquable : tapisseries des XVIe-XVIIe siècles (dont certaines volées en 1982), stalles Renaissance, et un cadran solaire de 1673 restauré en 1999.
L’histoire de Senez, ancienne Sanitium romaine et siège épiscopal depuis le VIe siècle, est marquée par des interruptions dues aux invasions (Lombards, Sarrasins). Le diocèse fut supprimé en 1801, mais l’édifice conserva son prestige, attirant même Napoléon Ier en 1815 pour admirer ses tapisseries. Depuis 2012, des fouilles archéologiques dirigées par Mathias Dupuis révèlent une occupation du site dès le IVe siècle, éclairant l’évolution liturgique et architecturale de ce lieu de culte majeur.
Architecturalement, la cathédrale se distingue par sa nef unique à quatre travées, son abside semi-circulaire, et ses chapelles latérales formant un transept bas. Les matériaux locaux (calcaire en moyen appareil) et les éléments défensifs (contreforts, clocher-arcade de 1847) reflètent les adaptations aux conflits et aux restaurations successives. Les vitraux étroits, le berceau brisé de la nef, et les chapiteaux cubiques dépourvus de tailloirs illustrent le mélange des influences romanes et provençales.
Le mobilier intérieur, commandé ou restauré par des évêques comme Mgr de Ruffo Bonneval (1783-1784), comprend des retables baroques, un lutrin du XVIIe siècle, et un antiphonaire du XVIIIe. Le cadran solaire extérieur, orné d’un ours en référence au premier évêque Ours, symbolise le lien entre patrimoine religieux et identité locale. Les cloches, datant de 1643, 1888, et 1894, rappellent la continuité cultuelle malgré les bouleversements historiques.