Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre-Dame de Noyon, située dans le département de l’Oise en région Hauts-de-France, est l’un des premiers édifices gothiques majeurs, construit à partir de 1145. Elle succède à plusieurs cathédrales antérieures, dont une mérovingienne attestée dès le VIe siècle, détruite par des incendies en 676 et 859, puis reconstruite sous les Carolingiens. L’édifice actuel fut érigé après l’incendie de 1131, sous l’impulsion de l’évêque Baudouin II, avec des campagnes de construction s’échelonnant jusqu’au XIIIe siècle. Son transept, dont chaque bras se termine par une abside, constitue une singularité architecturale rare, inspirée des premières expériences gothiques comme à Saint-Germain-des-Prés.
La cathédrale fut le siège de l’évêché de Noyon jusqu’en 1790, date de sa suppression lors de la Révolution. Elle abritait des reliques majeures, comme celles de saint Éloi (translatées en 1157) et de sainte Godeberthe (1167), utilisées pour financer les travaux. Endommagée par un incendie en 1293, elle subit des restaurations aux XIVe et XVe siècles, puis des modifications aux XVIIe et XVIIIe siècles. Classée Monument Historique dès 1840, elle fut gravement touchée pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), nécessitant une reconstruction de 20 ans (1918-1938) dirigée par André Collin, plus respectueuse des vestiges originaux que les restaurations du XIXe siècle.
L’édifice se distingue par son plan en croix latine, son chevet entouré de cinq chapelles rayonnantes, et une nef à quatre niveaux mêlant arcs en plein cintre et ogives. Les matériaux, principalement des calcaires lutétiens locaux et du grès éocène, reflètent les ressources géologiques de la région. Le quartier canonial adjacent, avec son cloître du XIIIe siècle, sa salle capitulaire, et sa bibliothèque du XVIe siècle, témoigne de la vie religieuse et intellectuelle médiévale. Aujourd’hui, la cathédrale reste un lieu de culte actif, accueillant notamment des messes en rite tridentin depuis 2013.
Parmi les éléments remarquables, on note les orgues reconstruits au XXe siècle (notamment l’orgue de tribune inauguré en 2005 par Henri Saby), et les vestiges du mobilier liturgique, comme les stalles ou les vitraux. Les fouilles archéologiques (1921-1923, 2011) ont révélé des traces des cathédrales antérieures, mais aucun vestige tangible des édifices mérovingiens ou carolingiens. La cathédrale illustre ainsi près de 1 500 ans d’histoire religieuse, depuis le couronnement de Charlemagne en 768 dans l’édifice carolingien jusqu’à sa fonction contemporaine.
Le site est également marqué par des figures historiques liées à son diocèse, comme l’évêque Médard (VIe siècle), qui déplaça le siège épiscopal de Vermand à Noyon en 531, ou les maîtres-maçons Florent Bleuet et Pierre Tarisel, actifs lors des restaurations du XVe siècle. Les bombardements de 1918 détruisirent une partie des voûtes, mais les reconstructions ultérieures permirent de préserver son authenticité, tout en intégrant des techniques modernes de documentation photographique et archéologique.