Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre-Dame de Rodez, édifiée entre 1277 et la fin du XVIe siècle, incarne une unité architecturale remarquable malgré sa longue période de construction. Son plan initial, inspiré des cathédrales du Nord comme Clermont-Ferrand ou Narbonne, est attribué à l’architecte Jean Deschamps, bien qu’aucun document ne le confirme directement. La façade occidentale, flanquée de tours massives intégrées aux remparts médiévaux, reflète sa vocation défensive, tandis que son clocher plat de 87 mètres, reconstruit après un incendie en 1510, reste le plus haut de France. Classée monument historique en 1862, elle mêle styles rayonnant, flamboyant et Renaissance, notamment avec son frontispice classique ajouté au XVIe siècle par Guillaume Philandrier.
La construction débuta après l’effondrement du clocher roman en 1276, sous l’impulsion de l’évêque Raymond de Calmont, qui posa la première pierre en 1277. Les chapelles rayonnantes du chœur, achevées vers 1320, adoptent des remplages de style rayonnant, tandis que les travaux furent ralentis par la guerre de Cent Ans et la peste noire. La nef, commencée au XVe siècle, franchit les anciens remparts grâce à l’autorisation des consuls en 1474, imposant une façade occidentale massive. Des artistes renommés, comme le sculpteur Jacques Morel ou l’architecte Antoine Salvanh, y introduisirent le gothique flamboyant, visible dans les portails du transept et les voûtes du chœur.
Au XVIe siècle, les évêques François d’Estaing et Georges d’Armagnac modernisèrent l’édifice, ajoutant des éléments Renaissance comme le portique du sanctuaire ou la façade miniature « à la romaine ». La cathédrale, pillée pendant la Révolution, fut restaurée au XIXe siècle par Étienne-Joseph Boissonnade, qui dégaga le chevet et réaménagea l’intérieur. Ses vitraux contemporains, installés en 2006, et son orgue historique, restauré en 1986, témoignent de son évolution continue. Aujourd’hui, elle abrite des peintures murales médiévales, des tombes épiscopales et un mobilier liturgical remarquable, comme le jubé du XVe siècle.
Les dimensions impressionnantes (101,57 m de long, 30 m de hauteur sous voûte) et son clocher emblématique en font un symbole du Rouergue. Son histoire reflète les défis techniques et politiques de sa construction, marquée par des interruptions, des innovations stylistiques et des adaptations aux besoins défensifs. La cathédrale, ouverte au public, propose des visites guidées mettant en valeur son architecture, ses vitraux et son orgue, classé parmi les plus beaux buffets Renaissance de France.
Les fouilles archéologiques ont révélé des vestiges de la cathédrale romane, dont une table d’autel en marbre du Xe siècle dédiée à la Vierge, aujourd’hui exposée dans la chapelle axiale. Les chapelles latérales, comme celle du Saint-Sépulcre ou de l’Annonciation, abritent des retables et sculptures des XVe–XVIe siècles, souvent offerts par des chanoines ou des marchands locaux. Le trésor, dispersé pendant la Révolution, comptait des objets en laiton et bronze, comme le maître-autel de François d’Estaing, aujourd’hui disparu.
Enfin, la cathédrale illustre l’adaptation des modèles gothiques septentrionaux au Midi, avec des particularités locales comme les terrasses en grès (« planètes ») couvrant les bas-côtés. Son clocher, visible à des kilomètres, servit de repère pour la mesure du méridien de Paris par Delambre et Méchain. Aujourd’hui, elle reste un lieu de culte actif, un site touristique majeur et un témoignage exceptionnel de l’art sacré en Occitanie.