Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer trouve ses origines dans une chapelle dédiée à la Vierge Marie, construite vers 659 sur un ancien temple païen dédié à Minerve. Fondée par saint Omer, évêque de Thérouanne, cette chapelle devint le cœur d’un monastère double, réunissant une communauté monastique et une collégiale de chanoines. L’édifice initial, détruit par un incendie en 1033, fut reconstruit en style roman avant d’être à nouveau ravagé en 1191, marquant le début d’une reconstruction gothique qui s’étala jusqu’au XVIe siècle.
Au XIIe siècle, la reconstruction du chœur, du déambulatoire et des chapelles rayonnantes débuta, suivie au XIIIe siècle par l’édification du transept. Les travaux se poursuivirent avec l’allongement des croisillons sud (1375–1379) et nord (fin XVe siècle), ainsi que la reconstruction de la nef, achevée en 1506. La tour occidentale, rhabillée entre 1473 et 1521, fut inspirée de l’abbatiale Saint-Bertin. En 1553, la destruction de Thérouanne par Charles Quint entraîna la création du diocèse de Saint-Omer en 1559, élevant la collégiale au rang de cathédrale en 1561.
La cathédrale abrite des trésors artistiques et historiques, dont une horloge astronomique de 1558, œuvre de Pierre Enguerran, unique en Europe par sa précision. Le portail méridional, sculpté au XIIIe siècle, représente un Jugement dernier inspiré de celui d’Amiens, tandis que l’intérieur conserve des œuvres majeures comme La Descente de croix de Rubens et un labyrinthe en dalles du XIIe siècle, copie de celui de l’abbaye Saint-Bertin. Les vitraux, les chapiteaux flamboyants et le buffet d’orgue monumental (1716), sculpté par les frères Piette, témoignent de la richesse artistique de l’édifice.
Pendant la Révolution française, la cathédrale fut transformée en hangar agricole (1792–1802) mais échappa aux destructions majeures. Au XIXe siècle, des restaurations furent entreprises dans la lignée des travaux de Viollet-le-Duc. Classée monument historique dès 1840, elle reste un lieu de culte actif et un symbole du patrimoine religieux des Hauts-de-France. Ses dimensions imposantes (120 m de long, 53 m de large) et ses matériaux variés (grès de Béthune, pierre de Tournai, craie blanche) en font un chef-d’œuvre de l’architecture gothique.
L’enclos canonial, partiellement détruit à la Révolution, abritait autrefois des bâtiments conventuels et des maisons de chanoines. Aujourd’hui, la cathédrale, ouverte au public, accueille messes et visites guidées. Son carillon de six cloches, dont le bourdon Julienne (1920), et ses grandes orgues (buffet de 1716, refait par Cavaillé-Coll en 1853) perpétuent sa vocation musicale. Le palais épiscopal adjacent, construit par Hardouin-Mansart, est aujourd’hui le palais de justice de Saint-Omer.
Parmi les œuvres remarquables, on compte le mausolée d’Eustache de Croÿ (1540) par Jacques du Broeucq, une Vierge au chat et des dalles funéraires médiévales. Le labyrinthe, symbole du chemin vers Jérusalem, et la Notre-Dame des Miracles, objet de dévotion locale, renforcent son rôle spirituel et culturel. La cathédrale incarne ainsi plus de 800 ans d’histoire, mêlant foi, art et architecture.