Origine et histoire de la Cathédrale Notre-Dame
La cathédrale Notre‑Dame de Sées (parfois orthographiée Séez), dédiée à saint Gervais et saint Protais et siège du diocèse de l'Orne, est un édifice gothique situé à Sées, près d'Alençon, classé monument historique depuis 1875.
Une première cathédrale fut fondée vers 440 par saint Latuin, mais les invasions normandes et les raids vikings entraînèrent plusieurs destructions et reconstructions au haut Moyen Âge.
La cathédrale carolingienne fut détruite lors des incursions vikings en 878 ou 910, puis relevée vers 986 par Azon le Vénérable à partir des pierres des fortifications.
Au XIe siècle, un incendie lié aux troubles de 1048 ravagea une grande partie de l'édifice; il fut rapidement remis en état, puis l'évêque Yves de Bellême entreprit de nouvelles réparations financées par une quête effectuée en Pouilles et à Constantinople.
La cathédrale reconstruite fut consacrée le 21 mars 1126, puis incendiée de nouveau en 1174 lors des conflits entre Henri II et Louis VII.
La majeure partie de l'édifice actuel a été édifiée à partir de 1210; le chœur, les chapelles et le transept datent du troisième quart du XIIIe siècle et ont été achevés au début du XIVe siècle, chantier auquel Jean de Bernières est associé.
L'édifice fut consacré le 27 septembre 1310 par l'évêque Philippe Le Boulenger.
La cathédrale subit d'importants dommages pendant la guerre de Cent Ans (1353, 1375) et lors des guerres de religion; elle fit l'objet d'une réhabilitation et d'une nouvelle consécration en 1494.
Au XVIIIe siècle, l'état préoccupant de l'édifice obligea l'évêque Jacques Lallement à le fermer en 1740 et la tour centrale qui surmontait la croisée du transept fut détruite.
Joseph Brousseau dirigea des travaux de restauration à la fin du XVIIIe siècle et, de 1780 à 1784, fit édifier un double contrefort pour corriger le déversement de la nef.
Des campagnes de consolidation se succédèrent aux XVIe, XVIIIe et XIXe siècles : raccourcissement d’une travée de la nef et ajout de contreforts au XVIe siècle, encastrement massif de la façade par Alavoine en 1817, reprise des contreforts nord (1832‑1838) puis sud (1844‑1850).
Nommé en 1849, Victor Ruprich‑Robert entreprit une vaste restauration après des fouilles révélant des remblais successifs et des vestiges superposés; il fit reconstruire entièrement le chœur en posant parfois des fondations profondes allant jusqu'à huit mètres.
Le transept sud fut restauré en 1856, le bras nord repris en 1869, et l'architecte Petitgrand acheva la reconstruction du chœur après la mort de Ruprich‑Robert.
Les flèches ont été restaurées en 1978 et un peu plus de la moitié des parements extérieurs remontent au XIXe siècle.
La cathédrale suit un plan en croix latine; la façade occidentale, encadrée par deux flèches, s'ouvre par trois portails dont le tympan central, aux sculptures détruites pendant la Révolution, représentait autrefois le Couronnement de la Vierge.
La nef, longue de six travées et accompagnée de bas‑côtés, adopte le vocabulaire de l'architecture normande avec trois niveaux — grandes arcades, triforium et fenêtres hautes — le triforium présentant un rang d'arcades trilobées et une frise de quatre‑feuilles.
Le transept est asymétrique : le bras sud compte deux travées, le bras nord trois travées avec un bas‑côté reliant le déambulatoire, et son style relève du gothique rayonnant d'inspiration Île‑de‑France.
La rosace sud, en forme de roue, porte au centre le Christ entouré des apôtres et des vieillards de l'Apocalypse; la rosace nord, aux dominantes de bleu, représente la Croix et six médaillons retraçant les apparitions du Christ ressuscité, avec en dessous des saints et évêques du diocèse.
Le transept sud abrite le « Beau Dieu de Sées » en marbre, attribué à un atelier du Bernin, une Vierge à l'Enfant du XIVe siècle et un puits restauré au XIXe siècle; le transept nord contient un autel de style Louis XIV, un lutrin du XVIIIe siècle, deux orants d'Étienne Leroux et donne accès à une chapelle renfermant les reliques de saint Latuin.
Le chœur, de style plus « français » que normand, comprend deux travées et une abside à cinq pans entourée d'un déambulatoire desservant cinq chapelles rayonnantes; l'arrière‑chœur conserve soixante‑douze stalles remontées en 1931 après restauration.
Selon le plan de 1780, l'autel principal se trouvait au fond du chœur, mais en 1786 l'évêque du Plessis d'Argentré plaça un maître‑autel à la croisée, orné de bas‑reliefs figurant une mise au tombeau et la découverte des saints Gervais et Protais.
L'Ange de la Cathédrale, sculpture réalisée en mai 2013 par Yannick Robert, a été offerte au diocèse et bénie le 5 juillet 2013 par l'évêque Jacques Habert.
Une scène du couronnement du roi de France du film Jeanne d'Arc de Luc Besson a été tournée dans l'édifice.
L'orgue principal, installé en 1743 par Claude Parisot, a été réparé, transformé et reconstruit à plusieurs reprises — notamment par Aristide Cavaillé‑Coll entre 1881 et 1883, par Charles Mutin en 1910, par Pleyel en 1937, puis relevé et agrandi de 1969 à 1972 par Louis Benoist et Pierre Sarélot.
Restauré de 2005 à 2009 par les frères Robert, l'orgue compte aujourd'hui 38 jeux répartis sur trois claviers et un pédalier, avec des transmissions mécaniques; le buffet de 1743 par Jacques Chapelain est classé au titre des monuments historiques depuis le 24 mars 1976.
Parmi les titulaires récents figurent Georges Trouvé (1937‑2008), Guy Robineau (2008‑2017) et Thibault Bitchené (à partir de 2018), et un festival d'orgue est organisé chaque été depuis 2009.
Trois nouvelles cloches, fondues par la fonderie Cornille‑Havard et gravées par Marc‑Antoine Orellana, ont été bénies le 27 septembre 2015 par l'évêque Jacques Habert.